Le chemin de l’école

Le chemin de l’école

Contrairement à ce que l’on a tendance à penser, l’éducation, dans le sens large du terme, a été au centre des préoccupations de nos gouvernants. Certes, certains d’entre eux étaient davantage préoccupés à satisfaire les desiderata des maîtres Fram à intégrer dans la fonction publique, dans une logique purement électoraliste perdante, ou à mater avec force et vigueur toute velléité de grèves parmi le corps enseignant ; que de s’atteler à mettre en route une politique éducative qui tiendra… la route. Néanmoins, l’éducation nationale a toujours figuré parmi les priorités.

Dans toutes les administrations, le ministère de l’Éducation nationale a hérité de l’un des portefeuilles les plus conséquents au détriment de certains départements qui doivent composer avec un budget ridicule. Pour l’expliquer, il suffit juste de jeter un œil sur l’énorme masse salariale que représente ce département. Mais pour quelle efficacité ? Vous le lirez dans les colonnes de ce numéro de votre revue qui essaye d’y apporter des réponses. Malheureusement, de nombreuses questions restent en suspens.

Les aînés parlent souvent avec nostalgie du temps où ramose (ou madama d’ailleurs) était un personnage craint et respecté aussi bien dans les villes que dans les hameaux reculés. L’instituteur ou l’institutrice en question pouvait s’acheter une 4 l ou acheter à crédit une maison avec encore assez de marge pour bien vivre et se payer des vacances. Que ces temps semblent lointains. Dans leur large majorité, les « profs » malgaches ne font que survivre, la crise sanitaire a rendu leur situation de plus en plus précaire, même si elle l’était déjà en temps normal. Peu valorisés, ils restent presque en marge de la société malgré le rôle central qu’ils jouent. Certains de leurs élèves les dépassent rapidement en termes de niveau de vie une fois intégrés dans la vie active.

Nous sommes toujours tentés de verser dans le nostalgisme quand on évoque notre glorieux passé si fugace, mais le fait est là : la qualité de l’éducation n’a cessé de se dégrader et de se détériorer concomitamment avec l’économie. Or, l’éducation représente un poste de dépense majeur pour le pays sans que la qualité globale des « produits finaux » ne satisfasse réellement ni la machine administrative, ni le secteur privé, sauf à des exceptions notables.

Pour le moment, le système éducatif malgache est en butte à de multiples défis. Il est dans une situation critique et peine à garantir un apprentissage et une insertion réussis aux jeunes malgaches. C’est un défi commun que la Grande île partage avec le reste de la plupart des pays africains, même si certains ont su, petit à petit, sortir de l’écueil. La scolarisation primaire atteint progressivement son objectif d’universalité, cependant, là encore, la qualité, notamment dans le secteur public, laisse à désirer. Au vu de la déperdition scolaire dans le secteur de l’éducation publique, les établissements privés, notamment confessionnels, se sont imposés petit à petit. Si le pays veut sortir du bourbier, il a besoin d’une éducation nationale publique de qualité.

Les réformes sont nécessaires. Et dans ce contexte, des changements énergiques doivent être entrepris. Après de longues années d’atermoiement, l’administration semble avoir enfin compris l’utilité d’un réel aggiornamento du système éducatif. La suppression du Certificat d’études primaires élémentaires (CEPE) est un pas courageux allant dans ce sens. Ce certificat communément valorisé à contre sens est devenu un plafond de verre pour de nombreux élèves. Cette réforme augurera l’extension du cycle fondamental et un changement global dans l’offre éducative dans le secteur public. Elle doit bien évidemment s’accompagner de mise à niveau des infrastructures.

Si l’école coloniale n’avait pour objet que de toucher une mince frange de la jeunesse, juste ce qu’il fallait pour former les autres auxiliaires de l’administration, les défis actuels de l’éducation sont de former les administrateurs de qualité, capables de tirer le pays vers le haut dans un mouvement cohérent et logique et de former une « vraie » élite qui ne serait plus préoccupée que par la prédation ou que par la recherche d’avantages particuliers. Dans son chef-d’œuvre Anna Karénine, Léon Tolstoï avait établi quelques préalables : « pour instruire le peuple, trois choses sont nécessaires : des écoles, des écoles et encore des écoles ».