Profil de sortie : à l’école des chômeurs

Profil de sortie : à l’école des chômeurs

« La géographie est mon domaine de prédilection. J’ai toujours voulu travailler dans le secteur de l’aménagement et l’urbanisme. Mais il faut dire qu’il y a beaucoup de failles entre ce que nous avons appris à l’école et ce que je fais en pratique au travail », confie d’emblée Marina Harinosy. Cette jeune diplômée a dû suivre des cours en ligne et renforcer ses acquis dans d’autres domaines avant de pouvoir décrocher son premier travail, après un master 2. « Deux ans. Voilà le temps que j’ai perdu pour chercher du travail après mes études de géographie. L’on m’avait prévenue ! Mes parents m’ont dit que la filière que j’ai choisie n’offrait pas assez de débouchés. Et je ne voulais pas enseigner ! », souligne-t-elle.

Employabilité linéaire

Selon Jean Luc Ramamonjiarisoa, le problème de Marina Harinosy n’est pas un cas isolé. Les contenus des formations universitaires de nos jours ne répondent plus à la demande du marché du travail. « Le développement de l’employabilité linéaire n’est plus d’actualité. Décrocher les diplômes puis chercher du travail n’est plus la formule gagnante. Cette situation était tenable quand il n’y avait pas encore autant de concurrence dans tous les domaines. Maintenant, la donne a changé. La structure de l’économie a évolué. La concurrence s’est développée, tout comme le marché du travail », explique cet ancien directeur des ressources humaines. À la tête du Fonds malgache de formation professionnelle (FMFP), Jean Luc Ramamonjiarisoa met à profit les expériences de son ancien poste pour comprendre et pour essayer d’apporter des solutions aux problèmes liés à la disponibilité des ressources humaines dans le domaine de la production.

« Le problème actuel est justement cette adaptabilité du contenu de formation au besoin des secteurs qui se développent à Madagascar. Nous ne nous sommes pas préparés à la concurrence. Le contenu de notre formation n’a pas changé dans son essence depuis plus d’un demi-siècle. Le problème du chômage à Madagascar n’est pas tant l’inexistence des offres d’emploi, mais plus l’inadéquation profil/poste », déplore le DG du FMFP. Il soutient que pour chaque offre d’emploi qu’il a eu à diligenter, il y a toujours au moins une centaine de répondants. Mais seuls deux ou trois candidats sont proches du profil recherché.

Filières

La question du profil de sortie est un véritable casse-tête aussi bien pour les parents, que pour les élèves ou étudiants et les employeurs. Le Plan sectoriel de l’éducation (PSE), la réforme censée doper la performance de l’éducation fondamentale, souligne globalement qu’après neuf années d’études, les élèves puissent prendre en main leur vie selon les profils de sortie de chaque sous-cycle. À l’issue du premier sous-cycle, les élèves auront les apprentissages de base (lire-écrire-compter avec la langue malgache, l’apprentissage du français oral commencera en deuxième année de ce premier sous-cycle). Quand les élèves termineront le second sous-cycle, leurs apprentissages de base devraient être consolidés avec l’apprentissage des matières scientifiques. Les élèves procèderont au renforcement des acquis de bases avec des matières techniques et les compétences générales essentielles à la fin du troisième sous-cycle. Aujourd’hui, de nombreux jeunes sont en déperdition, la faute à un cap qui n’a pas été bien fixé.

À cette situation s’ajoute le fait que les jeunes ne sont pas bien préparés à affronter le monde du travail, car la plupart ont mal choisi leurs filières. Ialy Rajemisa explique d’ailleurs que « le diplôme du baccalauréat (peu importe la série) devient une finalité qui leur donnera accès aux études supérieures. La transition se fait après cette période pour la plupart des jeunes. Parmi les bacheliers d’une même année, certains passent des concours ou s’inscrivent avant l’obtention du bac et d’autres attendent le résultat avant de choisir des écoles pour continuer leurs études supérieures. D’autres perdent même une année parce qu’ils ont souhaité avoir plus de temps de réflexion par rapport à leurs orientations et ont raté les inscriptions aux concours des différentes universités ». Elle sait bien de quoi il en retourne car elle travaille dans le domaine de l’orientation des jeunes.

Orientation

L’information sur les orientations scolaires et la sensibilisation collective sur les informations afférentes aux carrières et au développement personnel ne sont pas mises en avant. Pourtant elles devraient être un outil permettant de réduire les pertes de temps en matière de choix de formation ou de filière. L’orientation devrait être structurée et préparée à partir de la classe de troisième, afin que les étudiants puissent bien choisir leurs filières en seconde (scientifique, tertiaires, professionnelle ou littéraire pour les établissements malgaches ; STMG, S, ES, Pro pour les établissements homologués et les écoles françaises). Mieux informés, les jeunes pourront bien se repérer et faciliter leur prise de décision par rapport à leur orientation avant même le passage aux examens du baccalauréat.

Le manque d’orientation entraîne des difficultés à la sortie des écoles. « Quelques-uns de mes amis ont choisi de se lancer dans un domaine qui est vraiment loin de ce que nous avons appris à l’école. D’autres domaines moins techniques et plus faciles d’accès », confie Marina Harinosy. Dans le jargon du domaine de la formation, c’est ce que l’on qualifie de sous-emploi. « Le jeune n’est pas au chômage mais il ne travaille pas dans le domaine pour lequel il a été formé. C’est aussi un problème. Finalement, sa formation ne lui sert absolument pas. Il a alors besoin de se former, encore une fois, pour le travail qu’il aura réussi à décrocher », explique Jean Luc Ramamonjiarisoa.

Alternance

Le constat devrait amener les politiques à réorganiser la formation de manière à avoir davantage de flexibilité. Ce qui constitue l’une des réformes que l’administration veut engager dans le domaine de l’éducation. « La solution est l’alternance. Cette approche est opérationnelle au niveau des écoles privées. Les universités publiques ont du mal à l’imposer. L’alternance dès la première année forge pourtant les jeunes à mieux appréhender le monde professionnel en découvrant et en comprenant le système très tôt », continue le directeur du FMFP. Il précise d’ailleurs que le FMFP n’a pas pour vocation de remplacer les écoles de formation professionnelle mais de leur venir en renfort, en réponse aux demandes de formation pour les organisations professionnelles. Selon Jean Luc Ramamonjiarisoa, les demandes de formation vont des domaines les plus basiques comme les langues et les questions d’organisation, à ceux plus complexes, plus techniques et spécifiques, dans lesquels les ressources humaines font défaut. Pour beaucoup de formations, le FMFP fait appel à des formateurs internationaux, car il y a des domaines où Madagascar n’a pas de spécialistes.

« Le monde de la formation devrait s’adapter au monde professionnel au risque d’aggraver la situation. En effet, les formations initiales sanctionnées par un diplôme ne sont plus la seule porte d’entrée dans le monde professionnel. Au contraire, l’école de la vie et la formation professionnelle sont désormais d’autres moyens d’accéder à un travail. Les employeurs privilégient plus les candidats avec ces profils au détriment de ceux qui possèdent un diplôme », conclut notre interlocuteur.