Interview de Baomiavotse Vahinala Raharinirina, MEDD : « Les influences de réseaux mafieux se font encore ressentir »

Interview de Baomiavotse Vahinala Raharinirina, MEDD : « Les influences de réseaux mafieux se font encore ressentir »

Vous avez hérité d’un portefeuille sensible et stratégique. Quels sont les chantiers auxquels vous vous êtes attaquée ?

Le ministère de l’Environnement et du Développement durable (Medd) a lancé plusieurs chantiers de réforme importante comme la création de la future ligne verte du Medd, ou encore la mise en place de l’Unité de lutte contre la corruption (ULC). Elle travaille en étroite collaboration avec le Bureau indépendant anticorruption (Bianco) et le ministère de la Justice. Accompagnée d’un service de doléances, elle offre la possibilité de contacter directement le ministère en se basant sur des constats d’injustices ou de criminalités environnementales. L’ULC permet également de dénoncer un agent du ministère qui serait impliqué dans des faits de corruption ou de prise d’intérêts. Les informations ou les renseignements remontent directement au département central, ce qui permettra d’intervenir rapidement. Les enquêtes sont diligentées via ce dernier. Il était important que cette question de la gouvernance soit matérialisée.

Nous constatons un engouement des citoyens qui s’y impliquent en sachant que leurs identités seront tenues au secret. Avec des processus accélérés, nous pouvons mettre en lumière certains dossiers classés sans suite ou bloqués au niveau régional. Nous essayons vraiment de privilégier les descentes sur terrain pour nous enquérir des réalités des directions régionales, constater ce que font nos équipes, les communautés, et pour résoudre les challenges ainsi que les difficultés qui se posent. Je pense qu’il faut vraiment qu’il y ait une prise en compte de cette réalité que vivent ces acteurs au niveau local. En huit mois, mon équipe et moi avons parcouru pas moins de 30 000 km et visité 17 régions sur les 22.

Quels sont les dossiers prioritaires ?

Les priorités du ministère reposent sur le Velirano 10 : “la gestion durable des ressources naturelles”. Actuellement, il ne reste plus qu’un peu moins de 10% des forêts naturelles sur tout le territoire national. Nous sommes dans une situation très critique. Dans un objectif plus pragmatique, la vision “reverdir Madagascar” a été adoptée. Ce qui implique une politique de reforestation forte. Nous misons sur la restauration des paysages forestiers dégradés et la conservation de notre biodiversité, à la fois unique et hautement fragile. Toutefois, tout effort serait vain sans lutter efficacement contre les feux. En parallèle, la lutte contre le trafic de bois précieux est dans une situation délicate ces dernières années. Depuis janvier 2019, Madagascar a respecté les règles imposées par la Convention sur le commerce international des espèces de faunes et de flores sauvages menacées d’extinction (Cites). Mon rôle est d’assurer le respect de ces réglementations et d’améliorer notre situation, vis-à-vis de la Cites. La partie valorisation figure également dans mon contrat. Elle sous-entend comment le secteur environnement pourrait soutenir le développement. Elle sous-entend un secteur environnement qui soutient le développement. Un axe stratégique sur l’économie verte et l’économie bleue ainsi que la Responsabilité sociétale des entreprises (RSE) a été intégré pour matérialiser cette approche. L’enjeu est de faire prendre conscience aux acteurs et aux citoyens que l’environnement est un secteur clé, un secteur transversal. Tous les secteurs de l’économie à Madagascar en dépendent. L’environnement doit être pris en compte par les entreprises, dans leurs initiatives et leurs investissements. Les acteurs de la conservation doivent prendre en compte les questions d’impacts socio-économiques de leurs actions.

L’administration actuelle souhaite également davantage d’engagements de Madagascar sur la question de la transition énergétique et du changement climatique. La transition énergétique est un enjeu capital pour Madagascar. Les ménages, les particuliers et les entreprises malgaches sont fortement dépendants des bois de chauffe et du charbon. Les initiatives devront donc converger vers des énergies alternatives afin de limiter la destruction de nos forêts. Quelques initiatives telles que le charbon écologique et l’éthanol ont été lancées. Un chantier avec les professionnels du gaz butane devrait également voir le jour pour voir et juger de l’efficacité d’une politique tarifaire en concurrence avec le charbon de bois. Une réforme a aussi été apportée en termes de communication. Longtemps négligée ou considérée comme étant seulement un “axe support” dans le ministère, elle est désormais considérée comme l’axe central. L’enjeu est de passer à une communication de proximité et moins scientifique. Nous nous adressons à différents types de publics en y adaptant les supports de communication pour chaque milieu et pour chaque catégorie de cibles. Nous avons des traductions, par exemple, de spot de lutte contre le feu en langues régionales comme l’antandroy, l’antakarana, le sakalava, etc. Le dernier axe stratégique du Medd, nouveau pour beaucoup d’acteurs à Madagascar, est la diplomatie verte qui traite particulièrement des problèmes environnementaux d’ordre global sous un prisme géopolitique. Madagascar fait partie des pays les plus vulnérables en matière de changement climatique. Il a un rôle à jouer au niveau régional, continental ou sur la scène internationale, en prenant le leadership des initiatives mondiales. Pour l’instant, en matière de changement climatique, nous devons plutôt mettre toute notre énergie. Ce qui nécessite le soutien des pays avancés, les premiers responsables de l’accélération du phénomène.

Au vu de l’immensité du territoire et le nombre de défis, les agents du Medd sont-ils suffisants?

Pour Madagascar, un agent forestier s’occupe de 200 000 ha de forêts alors que, dans d’autres pays, le ratio se situe entre 800 à 8 000 ha par agent. Le Medd manque clairement de moyens humains sur terrain : des agents de patrouilles ou de contrôles, des agents communautaires pour sensibiliser, éduquer, ou accompagner les communautés de base dans la réalisation du transfert de gestion ou la matérialisation de cette politique de gestion des ressources naturelles par les communautés.

Il est primordial de former des techniciens forestiers et des ingénieurs forestiers. Aujourd’hui, nous avons un ingénieur forestier pour 0,8 technicien forestier, au lieu d’un ingénieur pour 14 techniciens. Il n’y a pas eu de politique de recrutement massif de personnel technique de terrain depuis 20 ans, ce qui fait qu’aujourd’hui, nous payons le prix fort de cette inertie. Actuellement, le Medd mène une politique en matière de renforcement de ses ressources humaines avec la sortie de sa promotion de techniciens forestiers. Ces derniers seront amenés à travailler dans tout Madagascar. À noter que la dernière promotion de techniciens forestiers recrutés et formés en interne remonte aux années 60.

Dans l’élaboration de la Loi de finances initiale 2021, nous avons plaidé pour cette nécessité d’accroître le nombre d’agents. En effet, j’ai fait le constat d’une centralisation forte dans le ministère alors qu’il y a moins de 20 personnes pour certaines directions régionales comme dans le Melaky. Les politiques précédentes ont surtout privilégié le recrutement au niveau administratif, alors que le réel besoin se situe surtout au niveau des agents de terrain.

La crise sanitaire a alimenté les trafics et les exploitations illicites en tout genre, notamment dans les parcs nationaux. Quelle est la situation actuelle ?

Il est bien regrettable d’avouer que depuis la crise de la Covid-19, près de 15 000 cas d’abattage ont été recensés dans les aires protégées. Par exemple dans le corridor Ankeniheny-Zahamena, notre équipe fait face à une très forte criminalité avec des trafiquants armés de kalachnikov. Nous avons aussi eu un cas similaire du côté du Melaky et du Boeny. Plusieurs tentatives d’exportations de tortues et de bois précieux ont été avortées grâce au signalement des citoyens et aux actions de l’ULC ainsi qu’à la mobilisation des partenaires pour multiplier les patrouilles. Selon les directives du président de la République, la campagne “tolérance zéro” a été lancée. La transaction avant le jugement (la loi n°2005- 018 du 17 octobre 2005 sur le commerce international des espèces de faunes et de flores sauvages dispose que “toutes les infractions à la présente loi ainsi qu’à ses textes d’application, à l’exception de celles liées à des crimes ou de celles tendant à créer des conflits ouverts entre l’auteur présumé de l’infraction et la population locale, peuvent faire l’objet de transaction avant ou après jugement. La transaction avant jugement a pour effet de suspendre la poursuite des infractions”, NDLR) a été suspendue. Pour moi, l’abus de mobilisation de ce texte a été une manière de légaliser certains trafics.

L’idée est d’imposer l’État de droit qui ne disculpe pas les actes criminels. La justice a commencé à nous épauler. Avant, il était regrettable de savoir que dans 90% des déferrements, les sujets avaient été relâchés. Nous avons quelques régions dans lesquelles le ministère de la Justice fait preuve de grande coopération. Malgré cela, les influences de réseaux mafieux se font encore ressentir. Récemment, un récidiviste a été interpellé avec des cargaisons de bois ordinaires mélangés avec des bois précieux. Après qu’il ait été déféré, il a obtenu une liberté provisoire. Le Medd fera appel contre cette décision de justice.

L’année dernière, l’administration a lancé une campagne de reboisement ambitieuse et massive et qui a eu quelques couacs. Pensez-vous que la politique actuelle de reforestation soit pertinente ?

Il faut savoir tirer les leçons du passé. Le seul chef d’État qui avait réellement adopté une politique de reboisement était Philibert Tsiranana. En 50 ans, nous n’avons pas vraiment eu de politique forestière qui prenne réellement en compte les besoins. La décision du Président Andry Rajoelina de mener une politique de reforestation massive est, à la fois, politique et stratégique. Certainement, de nombreux volets peuvent être améliorés pour cette prochaine saison de reboisement. Nous allons miser sur le reboisement utile et de proximité pour faciliter le suivi et l’entretien par les acteurs eux-mêmes. Nous avons constaté que la mise en place des pépinières géantes au vu de leur éloignement, a engendré un coût très important pour le Medd et était un facteur de blocage pour les communautés ou habitants qui souhaitaient participer aux efforts du Fanjakana. Néanmoins, le taux de réussite du site de reboisement présidentiel d’Ankazobe s’élève à 85%. La population locale, soutenue par l’équipe du cantonnement forestier d’Ankazobe, a scrupuleusement fait le suivi et installé des pare-feux pour protéger le site.

Maintenant, il faut faire les choses de manière plus pragmatique pour, à la fois réduire les coûts, mobiliser et impliquer plus de ressources humaines au niveau des régions. Le ministère va vraiment essaimer des pépinières un peu partout dans les villages, les communes, les districts, tout en soutenant les initiatives locales. Le Medd doit désormais assurer son rôle de leader, en tant que première autorité environnementale à Madagascar. Le président de la République a fixé ce défi de 40 000 ha de reboisement minimum annuel. De nombreuses associations ou entreprises ont déjà confirmé leur volonté d’y prendre part. Le Medd va assurer en amont et en aval les opérations : de la mise en place des pépinières, en passant par la sécurisation jusqu’à la lutte contre les feux de brousse qui anéantissent habituellement tous les efforts de reboisement. À titre d’exemple, nous avons perdu huit hectares sur 12, en plein noyau dur de l’aire protégée de Menabe Antimena. Cette année, nous avons aussi repéré des points de feu dès le mois d’avril et la fréquence des feux est très importante par rapport à l’année dernière. Toutefois, il y a moins de surfaces brûlées comparées à 2019. Nos équipes sont sans relâche sur le terrain.

Comment concilier l’économie et la conservation à Madagascar ?

C’est vraiment au cœur des problématiques. Jusqu’ici, la manière dont nous avons géré nos aires protégées privilégie surtout une approche conversationniste. Cette politique s’est traduite par un échec et une perte de légitimité de notre système des aires protégées, avouons-le. Il faut qu’on aille maintenant vers une logique d’“aires protégées écologiquement et économiquement utiles”. Le tourisme tire directement profit de leurs existences et contribue à 12% au PIB national. Ce sont nos richesses naturelles et notre biodiversité qui intéressent le plus les touristes quand ils viennent à Madagascar. Nous pouvons également parler de la destruction des 17% de nos mangroves en moins de dix ans pour faire de la chaux pour l’industrie crevettière, affectant ainsi la filière pêche. Sur l’ensemble du territoire, les écosystèmes sont en déséquilibre et nous nous rendons compte maintenant de ses répercussions sur l’économie. Nous avons constaté des milliers d’hectares de rizières ensablées et asséchées dans le Boeny ou encore l’Alaotra-Mangoro à cause de la déforestation, ou encore le fort ensablement au niveau des zones côtières d’Ambanja, à cause de la destruction des forêts de mangroves en amont.

Les citoyens doivent comprendre les enjeux économiques de la protection de l’environnement. Il faut désormais véhiculer l’intersectorialité et le Medd doit être au centre de ce rouage pour aider les différents secteurs à éviter ou du moins minimiser les problèmes environnementaux et accompagner nos politiques publiques de développement durable. Cette durabilité repose sur le triptyque social, économique et environnemental. Nous devons concilier conservation et développement durable, c’est un impératif. En somme, nous devons choisir nos programmes de développement, en réfléchissant aux impacts à court et à long termes des décisions ou des politiques menées. Maintenant, il faut être pragmatique, fonctionnel et factuel tout en pensant aux communautés actuelles et aux générations futures.

L’opinion publique s’inquiète du fait que des données ou des documents sensibles soient partis en fumée avec l’incendie de l’Office national pour l’environnement (ONE), le 15 juillet dernier. Où en sommes-nous par rapport à l’enquête ?

L’ONE était le lieu d’archivage de l’ensemble des documents de Madagascar, notamment sur les politiques environnementales depuis les années 90. Il est important de préciser que l’ONE ne gère pas les questions de trafic illicite de bois précieux, mais les relations avec les entreprises, les études d’impact environnemental et l’acquisition de permis environnementaux. La question du bois de rose est traitée par le Medd. Un comité interministériel au niveau de la primature détient l’ensemble des dossiers sur ces bois précieux. Ce qui écarte d’emblée les dires de certains qui supputent que l’incendie visait à détruire certains dossiers liés au trafic de bois de rose.

Cet incendie nous pousse tout de même à accélérer la digitalisation. Madagascar et le Medd ont payé le prix cher de ce retard. Avec l’appui de la coopération allemande (GIZ), un programme de digitalisation est en cours. Les quelques avancées en matière de digitalisation de l’ONE ont quand même permis de récupérer quelques dossiers. Toutefois, les entreprises sont appelées à se manifester auprès de l’ONE pour présenter les copies de documents qui sont en leur possession. En termes d’archives sur l’histoire de la politique environnementale malgache, nous pouvons affirmer que les pertes sont assez considérables. Néanmoins, nous sommes également en pleine reconstitution avec les archives détenues par nos partenaires. Je lance d’ailleurs un appel à tous ceux qui détiennent des copies des documents du programme environnemental des années 90 à 2000.

L’une des polémiques concerne la réhabilitation du Rova. Certains accusent l’administration de profiter des besoins en bois de construction pour sortir illégalement des bois de rose…

Le Medd et le ministère de la Communication et de la Culture (MCC) ont eu chacun leur rôle dans cette opération. En 2019, le Medd avait offert du palissandre pour la restauration du Rova. Tout est traçable. Mais cette année, c’est l’anakaraka (cordyla madagascariensis, NDLR) – le bois originel qui a servi dans la construction du Rova – qui a été demandé pour les travaux. Le besoin se chiffrait à 400 m3. Les anakaraka étaient issus de deux directions régionales : le Melaky et le Sud-ouest. Le long du processus, tout a été suivi de manière stricte et sécurisée. Tout est donc parfaitement clair et transparent.

Le travail de reproduction des parquets et de bardages du Rova est assuré par l’entreprise Tropical Wood, une entreprise de droit malgache qui fait travailler plus de 200 personnes. Je tiens d’ailleurs à saluer le travail incroyable fait par les Malgaches et qui valorise le savoir-faire et la compétence locale. Cela m’inspire particulièrement. Nous devons aller progressivement vers la mise en place d’une filière durable du bois, avec une certaine rigueur et une politique de régulation primant la légalité, pour accompagner au mieux notre politique de reforestation. La filière bois est porteuse et un vrai levier de développement, mais il faut le faire d’une manière réfléchie, rationnelle et surtout légale.

Où en sont actuellement les avancements des investigations sur les bois de rose saisis et sur notre relation très tendue avec la Cites ?

Pour l’instant, la situation avec la Cites est très apaisée. Ce, depuis janvier 2019, grâce à la note suspensive des activités d’exploitation des bois précieux mise en vigueur. Cela nous a permis d’établir de bonnes bases pour normaliser la relation avec cet organisme. Il faut savoir que les trois types de bois régis par cette Annexe II de la convention sont le bois de rose, l’ébène et le palissandre. Ce sont des espèces en situation de raréfaction très importante. Ce qui nous interdit toutes formes de commercialisation, de circulation et d’exportation. Cette situation nous met dans l’obligation de lancer une politique forte de reboisement de ces espèces décimées à travers une politique de restauration raisonnée. Cela va nous prendre beaucoup d’années, mais il faut commencer dès maintenant pour espérer pouvoir jouir de ces espèces dans le futur.

Quant à la question du plan d’utilisation, elle est cruciale. Toutes les conditions doivent être remplies. La Cites nous a accordés l’autorisation d’utiliser les bois saisis, mais avec un business plan détaillé. Cela avait été déjà discuté en interne au sein du ministère. Certains députés ont avancé l’idée que ces bois constitueraient une manne financière importante pour l’État en termes de devises, si on les vendait aux enchères. D’autres arguent que ces bois devraient être valorisés localement et servir. Personnellement, je préfère concilier les positions en passant d’abord par la création de valeurs ajoutées localement via un processus de transformation. Mais actuellement, les discussions sont encore en cours avec la Cites. Il faudrait que l’on avance prudemment. Il faut savoir que mener un inventaire total n’est pas encore factuel et cela nécessitera encore du temps. Donc, il est difficile de savoir aujourd’hui quelles sont réellement les estimations du bois qui ont été coupés et qui sont dans la nature. Ce qui inquiète la Cites par contre, c’est l’état du bois longuement stocké. Le secrétariat de la Cites sait que ces bois saisis et cachés vont perdre progressivement de la valeur.

En 2014, une cargaison de bois de rose d’une ampleur exceptionnelle a été saisie à Singapour. Il s’agissait de l’une des plus importantes saisies d’espèces sauvages de l’histoire de la Cites. Après moult rebondissements, la société Kong Hoo et son directeur général Wong WeeKeong étaient enfin déclarés coupables. Le rapatriement de ces cargaisons est-il envisageable et envisagé ; où procèderons-nous à leur vente ?

Malgré les procédures entamées, nous n’avons pas encore pu récupérer ces conteneurs. L’enquête a été reportée. Toutefois, un éventuel rapatriement pose encore d’énormes enjeux si nous ne parlons que des questions de moyens. C’est vraiment une question très complexe. Depuis trois mois, nous avons eu énormément de réunions avec la Cites. Un groupe consultatif a été opérationnalisé pour pouvoir discuter, partager les expériences d’autres pays. Les suggestions et les recommandations nous permettent d’avancer et d’éloigner le pays de ce cercle vicieux du bois précieux alors que la population s’appauvrit de jour en jour. Globalement, dans ce dossier comme dans d’autres, il y a différents points sur lesquels on doit négocier et trancher rapidement. Le risque est réel, car la continuité de l’État est souvent remise en cause, ce qui nous oblige toujours à repartir de zéro à chaque changement de ministre. Rappelons qu’il y a eu 14 ministres en 15 ans à la tête du Medd. Il est difficile de travailler dans ce contexte de “turn over” perpétuel.

Madagascar bénéficie du Fonds vert pour le climat. Quels seraient les facteurs de succès avec cette nouvelle collaboration ?

C’est le premier fonds qui s’ouvre à différentes initiatives, publiques, privées ou citoyennes. C’est vraiment une opportunité inégalable, car il privilégie différents projets autour de l’environnement ou des services écosystémiques, peu importe la taille. La réussite pour nous est garantie par la maîtrise du mécanisme. Différents ateliers sont ainsi organisés pour former les acteurs publics et privés ainsi que la société civile sur ce fonds, car effectivement, nous sommes dans la toute première phase de l’intégration de Madagascar dans le Fonds vert climat : le “Readiness program”, qui concerne la préparation pour une durée de 18 mois.

Nous devons avancer en matière d’adaptation et d’atténuation au changement climatique en misant surtout sur la coopération. Aujourd’hui, différents contributeurs, suivant l’accord de Paris, ont déclaré leur volonté d’augmenter leurs contributions. Pour Madagascar, les domaines les plus importants sont la transition énergétique et la reforestation. Il faudrait véhiculer cette équité relative entre les régions et la promotion des filières à forte valeur ajoutée. Il est important de promouvoir des projets intelligents qui répondent à nos besoins socio-économiques et environnementaux et qui soient éligibles au Fonds vert.