Crise sanitaire et culture : l’art en détresse !

Crise sanitaire et culture : l’art en détresse !

De nos jours, l’activité d’artistes chanteurs demande davantage d’efforts en marketing, en communication. Donc, le retour à la normale est loin d’être acquis pour moi. La suppression du prix de location du Coliseum Antsonjombe est loin d’être suffisante et ne touche que certains artistes et chanteurs aisés », déplore Jimmy Hilarion Rakotoarivony, alias Lejim 415. Le chanteur, originaire de la région Sofia, a dû rester à Antananarivo durant ces longs mois de crise, comme d’autres d’ailleurs. Séparé géographiquement du reste de son groupe, l’artiste a vu sa production artistique quelque peu décliner. « J’ai essayé de positiver et j’ai pu composer et enregistrer quatre chansons. Mais je suis loin d’être satisfait du résultat, car les compositions n’ont pas été travaillées avec mon équipe », ajoute-t-il.

Passion

Mais tout n’est pas que noir. D’autre part, la crise a permis à d’autres de se tourner vers de nouvelles perspectives. Tel est le cas de la chanteuse Bodo Razafindrazaka, plus connue sous le nom d’artiste de Bodo, qui s’est trouvé une voie dans la peinture pendant le confinement. « Je me suis permise de m’ouvrir à cet art pendant le confinement. C’est une passion qui m’a toujours habitée. Maintenant, je la laisse s’exprimer librement », laisse entendre la diva de la chanson malgache. Pour elle, cette nouvelle voie est loin d’être une reconversion permise.

Ce n’est qu’une ouverture à d’autres horizons, car Bodo dit être toujours à l’affût de nouvelles connaissances et de possibilités quand il s’agit de l’art. Comme elle, d’autres artistes ont exploré le champ des possibles, notamment à travers les médias sociaux. « Il a été observé que les artistes ont pu redécouvrir et reexploiter le secteur du numérique afin de rester actifs durant le confinement. L’existence des réseaux sociaux à la portée de tous, tels que Facebook, leur a permis de non seulement garder leurs activités, mais surtout de faire la promotion de leur art et de tisser les relations grâce au grand laps de temps dont ils ont pu disposer », estime Mampiray Solofoniaina, YLTPien et entrepreneur culturel.

Structures et régulations

Pour d’autres, la crise n’a pas tout bloqué. « J’ai eu deux ou trois contrats d’illustrations pour des campagnes de sensibilisation contre la pandémie de Covid-19. Ce qui représente assez pour subvenir aux besoins essentiels et acheter les fournitures pour mes enfants », expose l’artiste peintre et dessinatrice Sleeping Pop. Mais le ciel est loin d’être bleu pour l'ensemble des acteurs de la filière. « Notre art, il faut le vendre pour pouvoir en vivre. Pour le moment, acheter des tableaux est loin d’être la priorité des gens. En ce qui concerne les expositions, c’est encore plus difficile. Les salles ne sont pas encore prêtes à recevoir des spectateurs », se désole Bodo Razafindrazaka.

Sleeping Pop abonde dans ce sens. « Le domaine du dessin n’étant pas du tout considéré en tant qu’art par la plupart des Malgaches, confie-t-elle, nous avons l’impression de n’exister que pour amuser la galerie, et ce, gratuitement. Les Malgaches ont cette fâcheuse tendance de penser que seuls les musiciens et chanteurs sont artistes ». Elle déplore les remue-ménages qu’il y a eu lors de l’annonce des aides pour les artistes. La crise sanitaire a mis en perspective la précarité et la fragilité de la situation de la plupart des artistes, loin des projecteurs. Elle s’est répercutée avec force sur le secteur de la création, à défaut d’un cadre d’accompagnement ou de filets de sécurité. « Durant cette crise sanitaire, on a pu constater que les structures de soutien, de régulation et de défense du secteur sont peu et non proactives. Une base plus solide dans cette optique serait donc de mise »1, conclut Mampiray Solofoniaina.

« Je vis toujours confiné »

Pour Tojo Alain Rabemanantsoa, un bédéiste auteur de quelques albums dont la série Tangala1 (avec Motus au scénario), le confinement n’a pas tellement changé ses habitudes artistiques. « J’ai décroché un contrat avec une organisation non gouvernementale (ONG). Je vis toujours confiné même en temps normal car ma maison est mon studio », s’amuse-t-il. Néanmoins, la crise sanitaire a quelque peu bouleversé son quotidien. « Le fait que les déplacements aient été fortement règlementés et limités a eu des répercussions sur mon quotidien. Je sors régulièrement pour être au contact des gens ou pour trouver l’inspiration. Sans cela, je vivrai presque reclus », enchaîne-t-il.

La crise sanitaire a été une étape fondamentale pour pousser le bédéiste vers la formalisation de ses activités. Pour lui, la réflexion sur le statut d’artiste doit être menée. Bien souvent, les spectacles vivants reçoivent de la considération de la part des autorités que les autres formes d’art. « Je suis habitué à lutter seul. Beaucoup de mes collègues évoluant dans le même univers se sentent délaissés. Nous avons évolué indépendamment de la politique publique même s’il est temps de nourrir les débats », argumente l’artiste.