Interview de Mampiray Solofoniaina, entrepreneur culturel : « Être artiste n’est pas considéré comme une profession »

Interview de Mampiray Solofoniaina, entrepreneur culturel : « Être artiste n’est pas considéré comme une profession »

Comment les artistes et les promoteurs artistiques malgaches ont-ils vécu cette période de confinement et de déconfinement ?

D’abord, il faut comprendre que les artistes peuvent faire appel à deux sortes de plateformes sur lesquelles ils ont la possibilité de partager leur art : le support numérique et les scènes (théâtres, galeries d’art, concert, etc.). Il a été observé que les artistes ont redécouvert et ont su exploiter le secteur numérique afin de rester actif durant le confinement. L’existence des réseaux sociaux à la portée de tous, tels que Facebook, leur a permis de, non seulement garder leurs activités, mais surtout de faire la promotion de leur art et de tisser les relations grâce au grand laps de temps dont ils ont pu disposer.

Cette pandémie a malheureusement fait interdire tout rassemblement et toute manifestation culturelle “physique”. Quant au cas des promoteurs culturels, le confinement était une occasion d’étudier les stratégies de relance du secteur et de développer de nouvelles perspectives afin de pallier ce genre d’incident planétaire. Actuellement, étant en période de déconfinement progressif, tous les acteurs culturels se doivent d’adopter ces nouvelles stratégies tout en professionnalisant le métier. Il n’est pas question d’agir inconsciemment en faisant tout de suite de grandes manifestations culturelles ou de spectacles en réunissant beaucoup de monde, car la pandémie est encore parmi nous. Il s’agit plutôt de continuer à exploiter ce secteur numérique que l’on a redécouvert.

Quels ont été les moyens de subsistance des artistes qui ne sont pas forcément connus, mais qui vivent de leur art ?

Durant la période de confinement, il y a eu une des situations que l’on a pu observer dans le monde culturel. Étant donné qu’être artiste n’est pas officiellement considéré comme une profession, plusieurs artistes font des cumuls de métiers afin de subvenir à leurs besoins quotidiens. Nous avons aussi ceux qui ont eu la chance de pouvoir répondre à des appels à projets nationaux, régionaux ou internationaux et qui ont été acceptés. Puis, il y a certains acteurs du secteur qui avaient quelques économies destinées à d’autres projets, mais ont dû s’en servir afin de survivre à la crise. Après, on distingue ceux qui étaient obligés d’arrêter momentanément leur métier d’artiste et se reconvertir (en tant que livreurs majoritairement) pour subsister.

Certains ont même décidé de vendre à perte leurs instruments/outils de travail et leurs œuvres afin d’avoir de quoi tenir. Quant à la majorité, ils se sont juste retrouvés complètement impuissants et désemparés, espérant juste que la tempête ne soit pas trop longue. En outre, le confinement s’est instauré dans la saison haute des activités culturelles et le secteur a connu des pertes astronomiques. Toute l’organisation pour 2020 et les plans de rentrée d’argent de tous les acteurs culturels de cette année ont été quasiment rendus à néant.

Quelles leçons ‘industrie culturelle malgache tire-t-elle de cette crise sanitaire ?

Durant cette crise sanitaire, on a pu constater que les structures de soutien, de régulation et de défense du secteur sont peu ou non proactives. Une base plus solide dans cette optique serait donc de mise. L’industrie culturelle doit se focaliser sur les nouvelles technologies et la numérisation. Certes, on a assisté à une redécouverte durant le confinement, mais il s’agit maintenant de l’exploiter à fond et de s’y spécialiser. Les artistes doivent prendre au sérieux leur métier et le professionnaliser pour obtenir plus de considération dans le secteur professionnel. Une base de données complète des artistes professionnels, de tous les secteurs confondus, doit être dressée pour la mise en place et la régulation des aides sociales.

Les prestations et les couvertures sociales destinées aux artistes sont-elles suffisantes ?

Peu importe la quantité des aides, prestations ou couvertures sociales qui sera mise à disposition, cela demeurera insuffisante. Le fait est que nous ne disposons actuellement d’aucune statistique fiable nous renseignant sur le domaine. Il faudra d’abord mettre en place la base de données des artistes professionnels de chaque discipline. Et surtout, instaurer les normes par rapport au statut d’artiste et de chaque corps de métier dans les industries culturelles et créatives, avec les droits et les obligations afférents.