L’éducation détruit le statu quo

L’éducation détruit le statu quo

La plus grande crise de Madagascar n’est pas la pauvreté, ni la corruption, ni le manque de perspectives économiques, ni la façade politique qui trouve son expression dans les hauts et les bas des rapports de force. La plus grande crise à Madagascar est celle de l’enseignement général et supérieur. De nombreux observateurs, également dans cette édition de Politikà, abondent dans ce sens.

Mais si on regarde de plus près, la crise de l’éducation n’est en fait pas une crise. Une crise est définie comme une anomalie temporaire d’un état normal. Dans le monde médiatique du XXIe siècle, le terme crise attire avant tout l’attention. Pour l’état du secteur de l’éducation à Madagascar, cependant, c’est véritablement faux.

De nombreux observateurs de la société malgache constatent une nette dégradation de la qualité et du droit à l’éducation au cours des dernières décennies. L’image de l’université d’Antananarivo en est souvent utilisée, alors qu’elle fut l’une des figures de proue de la voie malgache jusqu’aux années 1970, un modèle de voisinage proche, mais qui est en chute libre depuis la politisation de la politique éducative avec le début de la seconde République jusqu’à ce jour. À Ankatso, mais aussi dans presque toutes les autres écoles publiques, chacun peut se faire une idée de l’importance spécifique de l’éducation à Madagascar. Le plâtre tombe des murs, le personnel n’est pas payé, les toilettes ne fonctionnent pas et même l’accès au crayon et au papier est un grand problème pour les étudiants.

Le discours qui suggère une émergence de Madagascar semble ignorer complètement ces réalités. Madagascar n’est pas fondamentalement un pays pauvre, même si cela apparaît dans de nombreux endroits de la vie quotidienne. La richesse est plutôt écrémée, c’est-à-dire privatisée, qu’investie dans les secteurs potentiels nécessaires. C’est un choix politique conscient fait par un petit groupe de personnes. La majorité des enseignants et des élèves du pays doivent être conscients qu’ils sont au bas de l’échelle dans la hiérarchie.

Cela a-t-il toujours vraiment été différent ? L’éducation a toujours été un projet élitiste à Madagascar. À l’époque royale, pendant la colonisation, après l’indépendance. L’éducation à Madagascar était et est clairement liée aux conditions socio-économiques et politiques du pays. Elle était et reste réservée à seulement quelques-uns – notamment ceux qui soutiennent le statu quo.

Personne ne s’intéresse à une classe moyenne ou inférieure bien éduquée. Même les jeunes très talentueux n’ont guère de chance à Madagascar s’ils n’appartiennent pas aux bons cercles. De larges pans de la société restent uniquement des facteurs de production, un jouet aux mains des autres. Pourquoi devrait-on donner à quiconque des idées en dehors du programme scolaire pour vraiment comprendre le contexte de vie d’un individu ? Pourquoi expliquer à quelqu’un les détails des différentes élections sénatoriales ? Cela ne conduit qu’à des demandes de plus d’informations inconfortables. Ne nous leurrons pas : tous les systèmes politiques, y compris les démocraties soi-disant fonctionnelles sont soumis à cette tendance. Même de nouveaux départs supposés, par exemple avec la Révolution française en Europe, ne pouvaient changer cela.

L’éducation, bien comprise, questionne les conditions existantes. Elle a un caractère destructeur. Il est important de comprendre cet aspect et de le défendre en tant que principe. Au regard des grandes civilisations des 10 000 dernières années, seuls ceux qui acceptent cette valeur ont pu réussir sur le long terme.