Le Père Noël est une ordure

Le Père Noël est une ordure

Nous n’avons pas été vernis pour l’année 2020. Censée être notée vingt sur vingt, cette année qui s’achève, a laissé un goût amer. Dans le monde, tous les pays sont en quasi-récession. La pandémie de Covid-19 a plongé l’économie planétaire dans sa pire récession depuis la Seconde Guerre mondiale. Rien que cela.

Que retenir de 2020 ? Madagascar est fragile. Ce n’est pas une nouveauté. La Grande île est résiliente. Les mesures qui ont été importées, ont davantage fait du mal que du bien. Notamment pour les poches des ménages. La fermeture des frontières a mis à genoux l’industrie touristique, pourvoyeuse d’emplois. Les différentes mesures qui ont conduit au ralentissement, voire à l’arrêt de l’industrie minière, ont produit un effet presque immédiat : le plongeon de l’ariary tutoyant les cimes. Madagascar est devenu tributaire des grandes mines pour sa stabilité macroéconomique.

Les mines sont à double tranchant. D’un côté, elles créent des emplois, s’exportent relativement bien, nécessitent des investissements lourds et massifs. De l’autre côté, les cours sont assez volatiles et elles n’occasionnent que peu d’impacts si les minerais ne sont pas transformés. L’État veut favoriser l’industrialisation et la transformation locale pour satisfaire les besoins locaux. C’est l’issue la plus logique et la plus raisonnable à cette dépendance que nous subissons. Soyons ambitieux : un tissu industriel d’un tel acabit nous permettrait d’exporter en Afrique, et ailleurs. Aujourd’hui, notre souveraineté économique est encore une gageure. L’État joue les pompiers de service pour tenter de maintenir le prix des denrées essentielles dont l’importation reste entre les mains de quelques opérateurs qui, par truchement, ont entre leurs mains le pays en entier.

La crise économique n’a pas occulté la résurgence de certains sujets sociétaux sur la place publique : les violences à l’encontre des femmes et des enfants, dont la première dame se veut être le héraut. Dans la société malgache, aussi bien en milieu urbain que rural, les violences sont tristement banales et banalisées. Il aura fallu que les réseaux sociaux s’en mêlent pour qu’elles soient traitées de manière sérieuse. J’emprunterai les mots d’une membre de la société civile interviewée dans ce numéro sur le monde de la justice : « la peur doit changer de camp ».

Ceci est aussi valable pour la conduite des affaires publiques. L’atermoiement de nos parlementaires dans la mise en accusation d’anciens hauts responsables, devant la Haute cour de justice (HCJ), est coupable. Cette juridiction est la pièce centrale du puzzle pour mettre fin à l’impunité des hauts responsables étatiques, mais dans les travées de l’Assemblée nationale, l’on n’a pas hésité à lâcher la phrase « peur des vengeances politiques » pour légitimer cette prudence dans la démarche. Ce qui risque de faire de la HCJ une nouvelle coquille vide, une autre encore. D’ailleurs, certains députés verraient également d’un très bon œil la réduction des pouvoirs du Pôle
anticorruption (Pac). À chaque pas en avant, nous avons la fâcheuse tendance à reculer de deux pas en arrière. Ces manœuvres sont toujours motivées par des intérêts personnels et prébendiers. Sur ce point, 2020 n’aura rien changé.

Ce qui n’a pas changé aussi réside dans la saison des ordures qui accompagne la saison des litchis et des mangues dans la capitale. Antananarivo est étouffée par les propres ordures que ses habitants produisent en grand nombre. Si à Noël, le père Noël étrenne des cadeaux, sous nos vertes contrées, il apporte des ordures. Ce qui rappelle le film de Jean-Marie Poiré, sorti en 1982, interprété par la troupe du Splendid : le père Noël est une ordure. La situation est aggravée par les problèmes structurels inhérents à la gestion des ramassages des ordures. Il est temps que la capitale malgache, écrin de la Grande île, soit enfin dotée des moyens à la hauteur de ses défis. Il est navrant de constater que le moindre nid de poule prend des semaines, voire des mois, à être traité et qu’il s’aggrave bien souvent. Les plus pessimistes verront 2020 comme une année à oublier, les réalistes y décèleront la capacité d’adaptation des pays et des structures et les optimistes dénicheront des opportunités pour 2021. 2020, une année à part.