Rivo Rakotovao : «Ils ont tenté de détruire l’institution »

Rivo Rakotovao : «Ils ont tenté de détruire l’institution »

Sénatoriales, abstention de l’opposition, composition du futur Sénat, perspectives… Politikà s’est entretenu avec Rivo Rakotovao, le président du Sénat sortant pour son ultime baroud d’honneur.

En tant que président du Sénat et chef de file d’un parti d’opposition, au regard du contexte politique, à votre avis, qu’en sera-t-il de la légitimité des sénateurs qui ont été élus à l’issue du vote du 11 décembre ?

Lorsqu’il n’y a que le parti au pouvoir qui prend part à une élection, des questionnements en matière de démocratie apparaissent. L’opposition n’a-t-elle guère plus d’options à part l’abstention pour s’exprimer ? Cette situation pourrait compromettre la légitimité de ceux qui seront élus à l’issue de ces élections.

D’autres partis politiques et des listes indépendantes ont été en lice pour ces élections…

Nous pouvons aisément vérifier l’obédience politique de ces indépendants. Cela fait partie du jeu politique. J’ai eu vent que des listes indépendantes ont été encouragées à se présenter pour légitimer le processus électoral. À eux de voir si c’est bon pour la démocratie ou pas.

Qu’en sera-t-il donc de l’avenir de l’institution qu’est le Sénat ?

Cette institution a été trop malmenée. D’abord, il a été question de la supprimer. Ce qui n’a pu être fait, car il fallait respecter des démarches législatives. Après, il y a eu les différentes manœuvres pour amoindrir son influence, pour briser son image que cela soit sur le plan financier ou sur le plan protocolaire. Les membres actuels de l’institution ne conviennent pas aux tenants du pouvoir. Dès lors, ils ont essayé de la détruire. Pourtant, ils alignent des candidats pour y siéger. Donc, lorsque ce sont vos alliés qui y siègent, le Sénat sert à quelque chose, mais quand ce n’est pas le cas, faut-il à tout prix abattre l’institution ? L’année prochaine, l’Exécutif dira-t-il donc que, contrairement à tout ce qui a été soutenu, on a besoin du Sénat ?

Justement, comment redresser l’image du Sénat après toutes ces péripéties ?

J’attends de voir comment le futur président du Sénat va procéder. Comment compte-t-il faire valoir sa légitimité et celle de l’institution par rapport aux manœuvres de destruction auxquelles l’institution a dû faire face durant presque deux ans ? Cela aurait été autre chose si ces actes avaient été perpétrés par un autre régime. Seulement, ce sont les tenants du pouvoir actuel qui ont voulu anéantir cette chambre et piétiner une institution de la République.

Vous êtes président sortant de la Chambre haute. Quel conseil donneriez-vous à votre successeur pour rétablir le statut de cette institution ?

Tout dépendra du rôle que les futurs membres y joueront. Le risque, au regard de la situation actuelle, est que l’institution devienne une simple chambre d’écho des actions et des initiatives de l’Exécutif. Quels que soient les arguments, il est difficile d’envisager qu’avec 18 membres le Sénat parvienne à accomplir pleinement ses attributions, même juste en matière de représentation des Collectivités territoriales décentralisées (CTD). Il faut aussi prendre en compte l’équilibre des forces vis-à-vis de l’Assemblée nationale, rien que par le nombre. Personnellement, je crains fort que le Sénat ne soit plus une institution que pour la forme, puisqu’elle n’a pas pu être supprimée. Toutefois, j’espère que ceux qui nous succéderont auront les épaules assez larges pour redresser la situation et pour défendre son image.

Si l’on se met à la place du pouvoir, le fait d’avoir la majorité au sein des deux Chambres parlementaires ne serait-il pas une bonne chose ?

Personnellement, j’estime que ce n’est pas une bonne chose. C’est un avis qui n’engage que moi. Certains pourraient dire, probablement, que je parle ainsi, car je ne suis pas à leur place. Par expérience, je dirai que ce n’est pas avantageux pour un dirigeant quand tout le monde partage les mêmes opinions. La raison est que la hiérarchie du pouvoir est encore trop forte. Aussi, lorsqu’il y a quelque chose qui ne va pas, rares sont ceux qui osent le dire à leur supérieur. Je reconnais qu’avoir la majorité est l’objectif dans le jeu politique. Elle nous permet d’être sereins lorsqu’on mène. Cependant, il ne faut pas en abuser.

Quel avenir donc pour le Sénat ?

Par conviction, j’affirme que le système bicaméral nous convient. Il appartient aux sénateurs d’expliquer au public en quoi le rôle de la Chambre haute est différent de celui de l’Assemblée nationale. Je peux vous assurer que même si le pouvoir n'a pas une large majorité, il y aura toujours plus de réflexion dans les travaux parlementaires au Sénat. Il est fondamental de renforcer le Sénat, de lui donner les moyens nécessaires pour travailler et surtout de respecter son statut.