YLTP : « Nous formons sur un état d’esprit, pour une prédisposition à être sensible à des valeurs et à les défendre »

YLTP : « Nous formons sur un état d’esprit, pour une prédisposition à être sensible à des valeurs et à les défendre »

Le YLTP (Youth Leadership Training Program) a sorti sa 16e promotion en novembre dernier. Bilan et perspectives à travers les regards croisés de Dominique Rakotomalala, coordonnateur sortant et Hervé Razafindranaivo, coordonnateur entrant.

Avec les nouveaux enjeux et les nouvelles mutations accélérées auxquels font face des pays en quête de développement comme Madagascar, que peut apporter le YLTP aux jeunes malgaches ayant suivi cette formation?

Dominique Rakotomalala (D.R.) : Le YLTP est un programme de formation de jeunes leaders vecteurs de nouvelles pratiques, notamment en politique. Nous constatons que 60 ans après son indépendance, Madagascar n’a toujours pas achevé son développement. Cela est dû à plusieurs facteurs, mais il faut notamment retenir la défaillance de ses leaders, qui se complaisaient dans des pratiques de corruption, de népotisme, d’accaparation et d’accumulation de richesses, et de mauvaise gouvernance en général, sans nécessairement chercher une redistribution ou le bien commun.
Le YLTP veut justement former des leaders qui se dissocient de ces pratiques malsaines, et qui sont plus soucieux de la démocratie, du bien commun, de la justice sociale et en fin de compte du développement. Cela nécessite une nouvelle culture, tout en ayant une bonne connaissance de la sienne, de sa propre identité. Mais par ailleurs – et pour tenir compte de ces nouveaux “enjeux et mutations accélérés” que vous mentionnez – nous voulons former des global leaders, ce qui implique non seulement la maîtrise des outils modernes, mais aussi d’être bien au fait de ce qui se passe dans ce monde du XXIe siècle.

Hervé Razafindranaivo (H.R.) : Comme Dominique Rakotomalala le dit, le YLTP développe la conscience sur les enjeux de cette mutation et la prise de décision y afférente. Nous avons constaté que les programmes ont souvent tendance à former les personnes sur les enjeux du présent et rarement pour l’avenir. Les contenus du programme de formation YLTP sont conçus de façon à ce que les participants arrivent à assimiler et appréhender les mutations. Dans cette perspective, le programme mettra par exemple davantage les futurs YLTPiens face aux challenges du digital, du changement climatique ou de l’après-Covid-19.

Les nouvelles technologies ont drastiquement modifié le paysage communicationnel, dans le secteur du social ou de la politique, de nouveaux profils de communicants sont apparus (lanceurs d’alerte, activistes sur le numérique, influenceurs…). Comment voyez-vous la relation « politique/réseaux sociaux et internet » actuellement, surtout à Madagascar ?

D.R. : Nous constatons d’abord que la majorité des femmes et des hommes politiques, du moins celles et ceux dont on parle dans les actualités, ont compris la nécessité d’utiliser ces nouvelles technologies et sont présents dans le monde virtuel à travers leurs propres sites ou réseaux sociaux. Mais au vu de l’actualité plus ou moins récente, et du fait peut-être aussi que les fake news existent aussi chez nous, on ressent quand même de la part du monde politique une méfiance vis-à-vis de ces outils, jusqu’à presque vouloir les “sur-réguler”.

H.R. : Mes recherches sur cette question ont conduit en grande partie à une conclusion : le paradoxe de l’hyperconnexion et de la disjonction de la relation publique. Malgré la floraison des espaces d’expression, leur fragmentation conduit à une inconsistance dans la relation politique/citoyens. Désormais, un YLTPien doit se former à réduire les distances entre les acteurs de la communication politique. En ce sens, le programme YLTP inclut des séances de réflexion, de partage et d’exercice sur la communication politique.

Comme à vous deux vous représentez le présent du YLTP, l’un étant le coordinateur général sortant, l’autre celui qui va occuper ce poste pour l’année ou les années à venir ; quels sont le bilan et les perspectives du programme ?

D.R. : J’ai été responsable du YLTP pour l’année 2020, que d’aucuns appellent également l’année de la Covid. Nous ne sommes pas allés jusqu’à appeler la promotion de cette année la “promotion Covid”, mais la pandémie a eu des impacts substantiels sur la formation. Avec l’état d’urgence sanitaire durant les premiers temps, il n’était pas du tout possible de tenir les sessions. Des réaménagements ont dû être apportés sur le calendrier, mais également sur les thèmes des sessions, car, comme on le dit, le monde n’est plus le même depuis la crise sanitaire provoquée par la Covid-19, et il fallait en tenir compte. Nous nous réjouissons quand même d’avoir pu mener la formation à bien pour 2020 et mettre à la disposition du pays 20 jeunes nouveaux leaders.

H.R. : La nouvelle équipe va travailler sur le perfectionnement du programme. Cette initiative va se baser sur la capitalisation de deux acquis : les expériences tirées des 16 ans d’existence du YLTP et l’évaluation des réalisations globales des alumnis. Nous nous attendons, par exemple, à des participants plus sensibles au défi de l’adaptabilité qui est une réponse indispensable à la transformation liée à la Covid-19, – comme vient de le souligner Dominique Rakotomalala – du sens du service, du sens politique, et de l’engagement.

Pour vous, être un YLTPien, c’est quoi ? Quel est le « plus » de cette formation ?

D.R. : La particularité de cette formation est qu’elle s’adresse exclusivement à des jeunes, car nous croyons que les jeunes sont les plus à même de devenir des vecteurs de changement. Ainsi, pour être un vecteur du changement, un YLTPien doit acquérir les outils nécessaires, maîtriser les thématiques et appliquer les connaissances en développement personnel. Mais il doit aussi être capable de changer lui-même et de toujours se remettre en question. Il y a des mises à jour à effectuer en permanence. On ne doit pas percevoir chez lui cette dissonance cognitive, où il réclame du changement chez les autres, mais ne l’envisage pas en ce qui le concerne personnellement.

H.R. : Un YLTPien est un vecteur de changement, mais ce dernier ne peut partir que de lui-même. Nous ne formons pas sur des compétences particulières comme dans les hautes études. Nous boostons surtout les softs skills, nous formons sur un état d’esprit, pour une prédisposition à être sensible à des valeurs et à les défendre. À partir de 2021, le YLTP sera, par exemple, plus sensible au rôle de l’individu dans la transformation de son système. P

À partir de 2021, le YLTP sera, par exemple, plus sensible au rôle de l’individu dans la transformation de son système.