Pourquoi je suis devenu juriste ?

Pourquoi je suis devenu juriste ?

« En voyant mon entourage tomber dans des pièges juridiques, subir différentes oppressions et injustices, j’ai opté pour les études juridiques, avec l’idée d’exercer une profession de droit à la fin du cursus. À chaque matière, à chaque leçon, j’ai été étonné d’apprendre et d’étudier les principes, les textes qui sont de véritables balises juridiques. Le cursus nous a appris également les différentes institutions, dont la Justice, qui garantissent l’effectivité de l’état de droit. Le droit est l’art du bien et du juste. Le fameux principe de la séparation des pouvoirs qui est sacro-saint a été également disséqué de long en large : le pouvoir judiciaire est chargé de trancher les éventuels litiges qui opposent les individus et les collectivités. C’est le rempart des justiciables pour faire respecter leurs droits bafoués.

Dès que nous avions quitté la salle des cours, nous sommes retombés sur terre. Nous nous sommes réveillés de notre rêve. La réalité est souvent toute autre. Les cours deviennent des utopies et se transforment en simples recommandations. Effectivement, on ne peut plus parler de présomption d’innocence à des personnes écrouées des années entières derrière les barreaux sans jugement. Elles sont placées dans les mêmes quartiers, voire dans de mêmes cellules, que celles qui ont été déjà condamnées. La célérité devient une exception et la lenteur devient le principe.

Nous sommes dans une fiction juridique lorsque l’on dit “ nul n’est censé ignorer la loi ”, alors que les lois et la jurisprudence sont d’accès difficile. Leur lecture n’est pas évidente pour un non initié. D’autant plus que la langue utilisée reste, dans la plupart des cas, le français alors qu’une grande partie de la population est analphabète. Dans de nombreux cas, la loi ne reflète pas l’expression de la volonté générale. On ne peut pas en vouloir au citoyen lambda de ne plus croire en l’indépendance de la justice dans la mesure où l’exécutif préside le Conseil supérieur de la magistrature (CSM). Le président de la République en est le président et le ministre de la Justice est le vice-président.

L’on peut ressentir une tentative de “ privatisation ” de la justice. Népotisme et corruption en sont les causes. Certains citoyens s’estiment être intouchables. Dans la vie quotidienne, nous avons déjà entendu, au moins une fois, quelqu’un se pavaner en ces termes : “ est-ce que tu ne me connais pas ? ” ou se targuer de dire : “ je suis la loi ”. Le citoyen naïf y croit. Il n’est pas étonnant que la population opte pour la vindicte populaire.

Un service public de la justice efficace et de qualité est de mise. Car des vies dépendent de chaque décision. La responsabilisation des décideurs publics et des professionnels de la justice se trouve en première ligne. Tout est une question de volonté. Il faudrait donner à la justice les moyens matériels, humains et financiers nécessaires pour exercer efficacement son rôle. Il est primordial de renforcer l’indépendance de la justice, à commencer par celui du CSM qui gère les carrières des magistrats. Il faut aussi rétablir la confiance avec les usagers en leur apprenant et en respectant leur droit. L’usage de la langue malgache pour les notifications, les sommations et les décisions de justice est vivement recommandé pour que la justice soit plus compréhensible.

Tout n’est pas perdu. Il existe des magistrats, des juridictions et des responsables étatiques qui continuent de redorer le blason de la justice. »