Tourisme local : Une bouée de sauvetage… trouée

Tourisme local : Une bouée de sauvetage… trouée

La crise sanitaire menace durablement les emplois et les Petites et moyennes entreprises (PME) qui évoluent dans ce secteur, plus que dans d’autres.

« À Madagascar, nous n’avons pas encore cette habitude du “mizaha tany”. Nous devons encore inculquer cette culture du tourisme. Nous devons encore apprendre à “voyager” à l’intérieur du pays », exhorte Sandra Afick Ramarolahy, directrice exécutive de la Confédération du tourisme de Madagascar (CTM). Avis que rejoint Johann Pless, créateur-gérant du groupe Kudéta et de la Résidence Lapasoa et Président du conseil d’administration (PCA) de la Fédération des hôteliers et restaurateurs de Madagascar (Fhorm). « Souvent, nous pensons que les familles malgaches vont en vacances auprès de leur famille. Ce n’est pas vrai. En juillet-août, beaucoup de foyers passent leurs vacances à Mahajanga. En décembre, Foulpointe est prise d’assaut. Il y a toujours eu une offre pour le tourisme national. D’ailleurs, Manda beach ne fonctionne que grâce au tourisme national », lance-t-il.

Pour appréhender de manière efficiente les mesures à prendre pour lancer le tourisme local, il faut avoir les données afférentes. Or, aucune étude n’a été faite dessus. De ce fait, il n’y a pas de chiffres sur lesquels tabler. En effet, on ne connaît pas encore le comportement du touriste national : ni son budget, ni son profil, ni combien de jours il voyage, ni quel type de distraction ou tourisme il va consommer. Le tourisme interne représente environ 75% de l’économie du tourisme dans les pays de l'Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE), il devrait se rétablir plus rapidement à Madagascar. C’est le principal levier pouvant être actionné pour favoriser une relance, surtout dans les pays, les régions et les villes où le secteur du tourisme représente beaucoup d’emplois et d’entreprises.

L’état actuel du marché national ne pourrait pas faire vivre 100% du parc hôtelier car un touriste venant d’un autre pays dépense en moyenne 1 000 euros à Madagascar sur deux semaines. Il n’est pas certain que tous les touristes nationaux aient 2 000 euros, soit 9 000 000 ariary à dépenser pour deux semaines de vacances alors que 75% de la population vivaient toujours sous le seuil international de pauvreté de 1,90 dollar en 2019.

La région Analamanga a été l’une des plus affectées par la crise sanitaire qui a porté atteinte gravement au tourisme. Elle récense pourtant la moitié du parc hôtelier du pays. « Pour Analamanga, le problème reste absolu. Avant, le touriste étranger restait environ 1,8 nuit en moyenne sur Antananarivo avant de partir dans les autres régions. Il ne faut pas aussi négliger les touristes d’affaires. Au niveau client, les hôtels affichent presque zéro aujourd’hui, regrette le PCA de la Fhorm. Il est impératif de trouver une solution avec l’Office régional du tourisme à Analamanga pour attirer d’autres touristes dans la région entre les deux périodes de vacances », plaide le PCA de la Fhorm. L’état catastrophique des routes nationales ainsi que le coût exorbitant des vols intérieurs ne font que rebuter de touristes locaux potentiels.