Se faire justice soi-même, une solution par défaut à Madagascar ?

Se faire justice soi-même, une solution par défaut à Madagascar ?

« Un phénomène rare avant la crise politique de 2009, la pratique de la vindicte populaire semble augmenter à Madagascar. Du Nord au Sud, de nombreuses régions sont concernées par la volonté de la population elle-même de punir des agressions sexuelles, des dahalo (bandits), des vols à la tire, et autres délits. Des cas remarquables ont montré que le lynchage peut s’abattre sur n’importe quel individu lambda soupçonné d’avoir commis un délit1.

Cette justice populaire, appelée aussi fitsaram-bahoaka en malgache, va à l’encontre des éléments qui définissent la justice pénale, comme la présomption d’innocence. Elle tente de s’apparenter à la notion de justice alors qu’elle est bien considérée comme un crime2. Pour y remédier, des initiatives du gouvernement existent telles que le partenariat entre l’État, à travers le ministère de la Justice, et le programme “Renforcement état de droit” du Programme des Nations unies pour le développement, qui organise depuis peu des ateliers de sensibilisation en rapprochant les autorités locales et les citoyens, tout en vulgarisant quelques éléments juridiques sur le sujet3.

Selon la plus récente enquête d’Afrobaromètre à Madagascar, quatre Malgaches sur 10 sont d’accord pour l’application des vindictes populaires, pratique qui prévaut déjà dans les localités de résidence du quart de la population. Cette idée est davantage soutenue par les ruraux et les répondants de niveau primaire et les non-scolarisés. Le paradoxe est que, c’est dans les zones où les forces de l’ordre sont les plus présentes qu’on rencontre le plus de vindictes populaires.

Par ailleurs, une forme de justice communautaire acceptée par tous est présente dans le pays. Les dina ou pactes communautaires, une justice ancestrale composée de règles sociales au niveau local, impose des sanctions en cas de délit. Ces sanctions se présentent souvent sous forme d’une amende, bien qu’aujourd’hui elles peuvent prendre d’autres formes.

(…) (Un) fait marquant, voire alarmant, c’est la proportion des citoyens qui approuvent la vindicte populaire : 41% disent être “d’accord” ou “tout à fait d’accord” avec cette pratique, contre 47% qui s’y opposent. De manière plus précise, on note que plus les citoyens sont instruits, moins ils sont favorables à cette pratique. En effet, ceux ayant eu une formation universitaire (26% d’approbation) présentent plus de réticence par rapport à ceux qui ont eu une éducation secondaire (39%), primaire (44%), ou informelle (43%). Par ailleurs, la proportion des femmes qui soutiennent cette pratique (41%) est aussi élevée que celle des hommes (40%). (…) »

Références : 1Madagascar Matin, 2016; Mada-actus.info, 2018, 2Etika, 2013, 3NewsMada, 2017

Désiré Razafindrazaka, Laetitia Razafimamonjy, Patricia Ramanamandimby, Ellora Soulisse, et Sitraka Razanakoto in Dépêche No. 294, Afrobaromètre 2018 (AD294: Se faire justice soi-même, une solution par défaut à Madagascar? | Afrobarometer)