Vie de la Nation: le Président au contrôle

Vie de la Nation: le Président au contrôle

Aujourd’hui, tous les leviers du pouvoir sont entre les mains de Andry Rajoelina. Ce boulevard lui permettra de mener à bien tous les projets qu’il entend mener. L’auteur de l’article prévient que tout ne sera pas si rose.

L’arrivée de la nouvelle législature au niveau du Sénat de Madagascar vient de mettre un terme aux dissensions qui existaient entre cette institution et l’administration Rajoelina. Les deux chambres du parlement sont toutes les deux dominées par la bannière orange, et ce, d’une façon très significative.

Deux ans de gouvernance

Cet état de fait vient renforcer la mainmise du leader orange sur l’appareil d’État et lui paver la voie pour l’ensemble de ses initiatives et projets quant au devenir du pays. En effet, les chiffres sont sans appel : 107 députés dans le groupe parlementaire Isika rehetra miaraka amin’i Andry Rajoelina (IRD/IRMAR) au niveau de l’Assemblée nationale, 10 sénateurs Irmar élus sur les 12, en plus des six nommés par décret présidentiel, la totalité des gouverneurs actuellement à la tête des régions a été désignée par le régime en place. Le même constat est valable pour les municipalités et leurs conseils ainsi que l’administration au niveau central, territorial et local du moins. Après plus de deux ans de gouvernance, la patience commence à être mise à mal du côté de l’opinion, car les résultats sont loin du compte. Puis, Covid-19 ou pas, la population ne peut pas se satisfaire éternellement d’annonces et de promesses et encore moins d’excuses.

La tentation de l’autocratie n’est-elle pas grande ?

Dans ce contexte, le récent renouvellement du Sénat a retiré une épine du pied du régime, lui laissant la voie grande ouverte pour concrétiser sa vision pour Madagascar. Cependant, le Plan émergence Madagascar (PEM) Initiative émergence Madagascar (IEM) n’a toujours pas été finalisé. Il n’y a à ce jour aucune indication sur ce que ce régime entend réaliser en dehors des annonces et discours du président de la République.

Ce plan devrait permettre de mettre fin au suspense et donner des détails sur ce qui peut être attendu, comment et avec quelles ressources. La configuration actuelle des deux chambres laisse croire que tous les projets de lois ou d’amendements initiés par le gouvernement passeront comme une lettre à la poste d’autant plus que bon nombre de textes datant de la dernière législature attendent d’être discutés et adoptés au niveau du Sénat. Dans les faits, nous nous retrouvons dans une certaine forme d’autocratie, car l’équilibre des pouvoirs semble se pencher en faveur du régime actuel qui a réussi l’exploit d’avoir une majorité incontestable au niveau du parlement. Du côté du pouvoir judiciaire, le renouvellement imminent du Conseil supérieur de la magistrature de Madagascar (CSM) ainsi que de la Haute cour constitutionnelle (HCC) permettrait de réaliser un « combo » qui assurerait un confort rendant jaloux plus d’un.

Quelles sont les limites ?

D’un point de vue extérieur, on serait en droit de se demander qu’est-ce qui pourrait alors empêcher de mener à bien et de réaliser tous les desseins présidentiels pour le pays (IEM, Velirano, Politique générale de l’État, PEM, etc.) quels qu’ils soient, que ce soit au sein de l’administration ou des secteurs et des domaines dont l’État a la charge ? Et pourtant, rappelons-nous de la communication durant la mise en place des standards de service dans toute l’administration qui devait se faire dans les trois mois, ou encore des événements qui ont fait couler de l’encre grâce à l’effet d’annonce, mais qui n’ont pas été réalisés. La situation est donc beaucoup plus complexe qu’elle n’y paraît.

Bien que tous les cadres de l’administration soient acquis à la cause présidentielle, les ambitions semblent se heurter à des obstacles qui sont bel et bien structurels et qu’aucune nomination ou remaniement ne saurait franchir. Avec l’écrasante majorité dont le régime dispose dans le parlement, la question ne devrait plus donc être « comment » mais plutôt « fera ou ne fera pas ». Ce régime de par sa situation exceptionnelle aura de plus en plus de mal à rejeter la responsabilité de ses échecs sur l’opposition. Une opposition qui est réduite à être une minorité visible n’existant plus qu’à travers les sorties médiatiques.

Contre-pouvoir

« Tout est possible à qui ose, rêve, travaille et n’abandonne jamais », disait Xavier Dolan. La situation actuelle permettra d’apprécier la sincérité de promesses présidentielles et l’Histoire ne manquera pas de consigner ce qui se passera pour que les citoyens et la postérité en prennent bien note. Dans cet environnement unicolore, l’opposition aura un grand rôle de contre-pouvoir.

Légalement, sa structuration est suspendue à ce que leur permettra le parlement à travers l’adoption des amendements de la loi sur l’opposition. Quoi qu’il en soit, le gouvernement sera chargé de produire le décret d’application qui fera que l’opposition ait une existence institutionnelle ou devra se contenter dès lors d’une existence purement médiatique.