Genre et politique : les femmes et la réconciliation à Madagascar

Genre et politique : les femmes et la réconciliation à Madagascar

Chaque année, la date du 8 mars est dédiée à la journée mondiale des droits de la femme. Il est logique de se tourner vers le thème « femmes », un sujet qui nous tient à cœur, en tant que femme, épouse et mère de famille. Parler de la femme, c’est honorer plus de la moitié de la population de Madagascar.

Sans conteste, les hommes tiennent une place de marque dans les instances étatiques, les postes décisionnels et les rouages de l’administration publique et privée. Toutefois, les femmes commencent à s’immerger dans ce monde. Certaines d’entre elles se trouvent en haut de l’échelle de l’administration, malgré leur nombre restreint. Leur éducation par l’école1 fait d’elles un acteur public à part entière et non plus un sujet cantonné dans la sphère du privé d’antan. Par ailleurs, considérées comme source de vie, les femmes s’intéressent plutôt à leur prochain, au principe du « mieux vivre ensemble » et à l’apaisement. Elles peuvent s’en vanter d’afficher leur compétence pour être au même niveau que les hommes sur le plan professionnel, socio-économique et politique2. La gent masculine peut en être jalouse à cause de ce dynamisme au féminin. Le concept « fanaka malemy » ou « meubles fragiles » pour désigner les femmes n’est plus valable de nos jours. Ce dénigrement rabaisse la condition féminine malgache. La donne a beaucoup changé depuis les années 90 et notamment dans le courant du XXIe siècle.

Relations cordiales

En perpétuelle négociation pour la recherche du bien-être familial, la mère joue un rôle particulier et non négligeable au sein de la famille, tant nucléaire qu’élargie. Elle s’implique en tout temps au processus de tractation pour la recherche de l’apaisement du ménage. Elle prend souvent des initiatives pour la construction et la reconstruction de la paix au sein du foyer, une force positive souvent ignorée. Elle n’arrête pas d’inculquer à ses enfants les différents héritages ancestraux qui ont rendu célèbre notre pays, dont l’importance du mot « fihavanana ». Des relations cordiales entre les enfants, les parents et les enfants sont les premières leçons de vie auxquelles elle initie la famille tout entière. Il ne faut pas sous-estimer le fait que c’est à partir de la cellule familiale que le principe du « fihavanana » est prôné et inculqué pour la première fois à un enfant pour qu’il puisse y vivre dans la vie de tous les jours et même en dehors de la maison.

Le rôle alloué aux femmes malgaches depuis la nuit des temps permet à celles-ci d’inculquer à leurs enfants les vertus d’une cohabitation pacifique et d’harmonie sociale. Par ailleurs, elles transmettent les principes de la solidarité, de la considération des aînés, de l’entraide, du respect de l’aina (la vie) et bien d’autres valeurs ancestrales à la nouvelle génération.

Base de la cohésion et de l’harmonie au sein de la société

Pour le cas de Madagascar, la représentation des femmes dans les instances décisionnelles reste faible. Toutefois, elles tiennent une place de choix pour faire régner l’harmonie dans la société et l’administration locale de base. À l’instar de la commune rurale d’Andriambilany, dans le district d’Ambatolampy, localisée dans la région Vakinankaratra, elle s’est rendue célèbre grâce à l’initiative du maire au féminin. De nombreux documents ont été élaborés par ses partenaires et notamment par le Conseil du fampihavanana malagasy (CFM) pour promouvoir les lieux publics d’échange dénommés kianja où le fihavanana est le lot quotidien des habitants. Que cela soit pour les travaux agricoles, le repiquage du riz, la sécurisation des habitants, la construction de maisons, le paiement des impôts ou bien d’autres travaux collectifs, le concept de fihavanana est toujours mis en valeur, mode de pensée bien malgache coordonnée par une femme. Grâce à cet exemple concret de la commune rurale d’Andriambilany, dirigée par Yvette Marine Rakotomalala, les femmes participent activement à la construction de la paix, à la prévention des conflits et au règlement des différends via la structure kianja maitso (espace vert).

Le cas d’Andriambilany n’est pas unique. D’autres femmes parviennent aussi en haut du piédestal dans la direction de la collectivité territoriale décentralisée. Sahondramalala Esther Ratsimbazafy, mairesse de la commune urbaine de Fianarantsoa prône également la valeur ancestrale malgache (soatoavina malagasy). Sa collaboration avec les partenaires nationaux et internationaux favorise la création d’emplois dans cette ville. Tel est le cas de la signature de partenariat entre le groupe Manao3 et la commune urbaine de Fianarantsoa. Cette entreprise priorisera l’intégration des jeunes sortants de l’École nationale d’informatique (ENI) et de l’École de management et d’innovation technologique (Emit) parmi ses collaborateurs. La collecte régulière des ordures, la démolition des constructions illicites, la réorganisation du marché d’Anjoma figurent parmi ses priorités. Ces deux personnalités féminines sont des exemples palpables du raffermissement des liens entre la population et les dirigeants locaux. Elles se rendent compte qu’il est important de consolider la paix à la base pour un réel développement.

De la prévention des crises à la consolidation de la paix

Initié à partir de la Loi 2016-037, du 2 février 2017, le CFM a pour missions de conduire le processus de réconciliation nationale, d’instaurer une atmosphère politique sereine pour garantir la non-répétition des situations conflictuelles et de formuler des recommandations de nature à permettre la résolution pacifique de toutes les situations conflictuelles et de tout problème dont la gravité risque de constituer une atteinte à la cohésion nationale et communautaire4.

Constitué de 33 membres issus des 22 régions, cet organe constitutionnel dispose de trois commissions dont l’une est dirigée par une femme. Parmi les membres, huit femmes font figure d’exceptions en matière de réconciliation à Madagascar. Issues des différentes localités de la Grande île, elles restent dynamiques et actives dans leurs missions et attributions au quotidien pour la recherche des résolutions, la prévention des crises et la consolidation de la paix. Ces femmes membres du Conseil du fampihavanana malagasy participent à de nombreuses approches avec divers acteurs de la vie de la Nation, lors des visites officielles et sur le terrain, au niveau des provinces et dans différentes régions.

Cela s’applique dans une démarche d’écoute, de réponse aux questions et appréhensions de la population et surtout pour recueillir leurs aspirations en vue d’effectuer des recommandations à soumettre par la suite à l’Exécutif. Laissant de côté leurs talons aiguilles, leur statut social, culturel et professionnel, elles se rapprochent de la population, des partis politiques, des syndicats, des sociétés civiles et de toutes les forces vives de la Nation pour accueillir leurs réclamations et leurs vœux. Elles essayent d’éviter la répétition des crises qui gangrènent le pays.

Références

1 ANDRIAMIALY Ratsaratoetra Faramalala, La promotion féminine par l’école de 1930 à 1958, mémoire de maîtrise 2009,134p.

2 Lors de nombreuses élections effectuées et qui se sont succédé dans le pays ces dernières décennies, de nombreuses femmes se portent candidates.

3 Manao est née en 2008 à Montpellier pour créer des logiciels de gestion en ligne. En 2014, elle s’est implantée à Antananarivo. Aujourd’hui, 20 développeurs, techniciens, formateurs et commerciaux en France et Madagascar sont au service d’une centaine d’entreprises clientes

4 Article 4 de la Loi 2016-037 du 2 février 2017

5 Source : service ressources humaines du Conseil du Fampihavanana Malagasy