Gilchrist Rakotoson, directeur du commerce intérieur au sein du ministère de Commerce, de l’Industrie, du Commerce et de l’Artisanat (Mica) : « Nous évoluons dans le libéralisme économique, mais l’État doit protéger sa population »

Gilchrist Rakotoson, directeur du commerce intérieur au sein du ministère de Commerce, de l’Industrie, du Commerce et de l’Artisanat (Mica) : « Nous évoluons dans le libéralisme économique, mais l’État doit protéger sa population »

Envol des prix, tension sur l’approvisionnement, rétention de stocks… ce sont autant de défis autour du secteur de la distribution des Produits de première nécessité (PPN). L’État a dû agir pour limiter la casse. L’interventionnisme étatique est-il la solution miracle ? Focus avec Gilchrist Rakotoson, le directeur du commerce intérieur au sein du ministère de Commerce, de l’Industrie, du Commerce et de l’Artisanat (Mica).

L’État a mis en place des prix plafonnés pour les PPN, comment les opérateurs ont-ils réagi à cette décision ?

À l’issue des négociations consensuelles tenues entre l’État, les opérateurs et les associations de protection des consommateurs du 12 février, il a été décidé de fixer les prix des PPN sur le marché. C’est un prix consenti par toutes les parties prenantes. Les opérateurs auront les mêmes marges bénéficiaires, la concurrence sera ainsi plus favorisée et les consommateurs seront protégés.

Certes, les importateurs craignent la volatilité des prix à l’international et celle des cours de change, mais il a été conclu que le prix sera valable sur une durée déterminée et qu’il y aura une révision, à la baisse ou à la hausse, selon le contexte, avant le mois de mai. Les prix ont commencé à être appliqués le 15 février. Puisque le riz avec 25% de brisure est le plus consommé par les Malgaches, beaucoup d’efforts y ont été accordés. Dans la foulée, l’arrivée des vary tsinjo sur le marché a fait baisser le prix. Ensuite, l’État a décidé de revendre ces riz auprès des tsena mora pour protéger les consommateurs contre d’éventuels spéculateurs et d’en préserver leur qualité. L’idée étant qu’il n’y ait que les consommateurs qui bénéficient directement de ces riz importés.

Pour les autres PPN, quelle est la situation actuelle ?

La crise de la Covid-19 a beaucoup impacté le marché international, ce qui a entraîné une inflation généralisée des prix dans le monde. L’huile alimentaire a connu une hausse de 80% en passant de 11 dollars à 24 dollars le fût de 20 litres. Les pays producteurs n’ont pas pu en produire à cause du confinement. De ce fait, l’offre diminue alors que la demande augmente. Avec la production locale d’huile à Toamasina, et grâce à un accord passé avec l’État, la hausse de prix a été maintenue avec une augmentation de seulement 500 ariary pour l’huile de palme, la plus consommée par la population.

La farine est le seul produit dont les prix sont restés stables grâce à une unité de production locale dont la qualité est bien meilleure que celle des farines importées. Il en est de même pour le sucre, avec la production des sucreries locales. Malgré cela, pour ces deux produits, l’offre est insuffisante. Elle n’arrive pas à couvrir les besoins de la population avec des écarts respectifs de plus de 200 000 tonnes chacun par rapport à la demande. Compte tenu de cela, la Grande île est encore obligée d’importer la majeure partie de sa consommation. Quoi qu’il en soit, le Mica est convaincu que la solution durable serait de pousser la productivité locale. La concrétisation de la politique ministérielle One district, one factory sera un moyen pour contourner la dépendance du pays à l’importation. Les prix sur le marché vont baisser et seront stabilisés systématiquement. Madagascar parviendra à son autosuffisance alimentaire.

La société State procurement of Madagascar (SPM) stabilisera-t-elle les prix ?

La SPM importera les marchandises de première nécessité pour la population malgache. Pour des questions de priorités, la SPM importe actuellement du riz afin de combler les déficits des importateurs traditionnels. L’enjeu est qu’il ne devrait plus y avoir de rupture d’approvisionnement du marché local. Force est de préciser que la SPM arrive à assurer actuellement 10% des importations malgaches en riz, il n’est donc pas question de monopole.

L’objectif est de développer une forte collaboration entre les importateurs et les grossistes. Dans ce sens, une liste d’importateurs ayant la capacité d’assurer les besoins à l’importation de Madagascar est donnée aux grossistes. La liste de ces derniers est également proposée à ces premiers. Les importateurs traditionnels et la SPM sont donc interdépendants pour couvrir les besoins du marché à
Madagascar.

Pouvons-nous donc affirmer que la baisse de 10 à 18% a-t-elle été atteinte ?

Le Mica a mis en place une stratégie avec les associations de protection de consommateur et les responsables des marchés pour faire respecter la structure des prix. Le ministère a mené un hetsika vidin’entana (opération coup de poing sur les prix des marchandises, NDLR) avec les forces de l’ordre, le contrôle du commerce et de la concurrence.

Il a pour enjeu primordial de protéger les consommateurs, mais également les opérateurs contre la concurrence déloyale. Ainsi, les commerçants doivent toujours afficher les prix de leurs marchandises et les agents s’assureront du contrôle spontanément afin que les prix plafonnés soient respectés.

Le recours aux subventions est-il la bonne solution ? Pourrions-nous appeler cela un interventionnisme étatique ?

Nous évoluons dans le libéralisme économique, mais l’État a le rôle de protéger sa population. De ce fait, il peut prendre des mesures pour s’assurer d’un approvisionnement suffisant du marché local et pour le maintien des prix des PPN afin qu’ils soient abordables pour la majorité de la population. Ce qui n’écarte pas l’idée que l’État puisse subventionner, durant une période déterminée, les opérateurs pour le bien des consommateurs déjà en difficulté. Son intervention se traduit également par la facilitation des importations, notamment dans la recherche de fournisseurs pour les opérateurs, l’allègement des coûts à l’importation et des procédures de dédouanement de ces produits stratégiques.

Dernièrement, les conditions d’importations sont d’autant plus difficiles avec le coût du fret qui a augmenté de deux, voire trois fois, plus qu’avant la crise. Cette situation impacte beaucoup sur les prix locaux. D’un autre côté, avec le changement climatique et la Covid-19, la production locale a baissé et le besoin d’importer a augmenté. Le ministère ne cesse d’encourager les importateurs et les incite ainsi à importer davantage. L’État, par le biais du Mica, doit s’assurer que l’approvisionnement du marché ne soit pas interrompu pour couvrir la demande des consommateurs. Il faut garantir la régulation du marché, en gardant un prix maximum acceptable.

Quelles sont les mesures prises par le Mica par rapport aux spéculateurs ? La spéculation et l’augmentation illégale des prix sont des infractions punies par la loi n°2018-020 du 29 juin 2018 sur la concurrence. En partenariat avec la société civile, le Mica est à pied d ’œuvre pour protéger durablement les consommateurs. Des agents sont mobilisés pour traquer les opérateurs qui pratiquent encore la rétention illicite de stocks de marchandises. Ainsi, les spéculateurs qui ne cherchent que leurs intérêts personnels au détriment des intérêts communs seront sanctionnés dans le respect des procédures. L’éducation est également très importante.