Monnaie nationale: survivre est notre « devise »

Monnaie nationale: survivre est notre « devise »

Le navire « ariary » s’est laissé emporter par le courant. Ceci lui a permis de se stabiliser. Le plus dur reste cependant à faire pour le capitaine à bord, qui doit assurer la navigation et encadrer l’équipage afin de maintenir le cap…

L’année dernière, ce navire était en plein cœur de la « tempête Covid-19 ». L’assèchement des recettes des exportations liées à la vanille qui ont baissé de 44%, les approvisionnements des comptes des entreprises minières qui ont régressé de 17% ou encore les faibles recettes du secteur du tourisme et des entreprises franches avaient affaibli l’ariary. Quand bien même les importations de carburants avaient baissé de 20%, les importations des biens et consommations ont été plus considérables. L’autorité monétaire qu’est la Banky foiben’i Madagasikara (BFM) rapportait alors que du 1er janvier 2020 au 1er septembre 2020, l’ariary s’est déprécié de 14,4% par rapport à l’euro et de 3,9% par rapport au dollar.

Stabilisation

Les plus pessimistes se sont alors attendus au pire, à un chavirage. Ils craignaient que la valeur de l’euro dépasse le seuil des 5 000 ariary. Mais le retour massif des devises aurait été salutaire pour la monnaie locale aux changes monétaires. Sur un engagement de 5,074 milliards d’ariary, 4,370 milliards ont été rapatriés en 2020, soit un taux de recouvrement de 86,14%, malgré la crise.

Il s’agit là d’une performance inattendue, si on s’en tient à ce qui s’est passé l’année dernière. Elles étaient par exemple
1 594 sociétés exportatrices à avoir vu leurs comptes Systèmes intégrés de gestion des opérations de change (SIG-OC) suspendus, vers la moitié du mois de novembre. Pour cause, elles étaient en situation irrégulière ou retardataire vis-à-vis de leur obligation de rapatriement de devises, d’après la Direction générale du Trésor (DGT). Selon la législation malgache, les recettes nées des exportations de marchandises doivent être rapatriées, sauf dérogation spéciale du ministère de l’Économie et des Finances (MEF), dans un délai de trois mois, à compter de la date d’embarquement.

Les devises générées par des prestations de service à l’étranger doivent être rapatriées selon un délai fixé à un mois à compter de la date de la facturation. Pour les particuliers, le ministère de l’Économie et des Finances (Mef) ne veut pas y aller par le dos de la cuillère. Ainsi, il a évoqué la fermeture des comptes en devises n’ayant pas obtenu son autorisation et qui ne répondent pas aux critères définis. Les comptes détenus par les particuliers seront les premiers concernés par cette disposition. Mais la détention de ce type de compte ne sera également bientôt plus pour tout le monde, car le Mef révèle la préparation d’un projet de décret pour la mise en place de nouvelles réglementations pour ce type de compte.

Une affaire d’or

Le ministre des Mines et des Ressources stratégiques, Fidiniavo Ravokatra, avait parallèlement indiqué qu’avant la suspension des exportations, 1,3 tonne d’or ont été exportées par les opérateurs, dont la valeur est estimée à 280 millions de dollars. Sauf que la valeur des devises rapatriées n’a pas dépassé le 1% pour ces opérations. Des sanctions à l’encontre de ces opérateurs véreux étaient annoncées.

Celles-ci n’étaient cependant appliquées qu’après la levée de l’état d’urgence, comme l’a indiqué le ministère de l’Économie et des Finances dans un communiqué de presse. Ce, conformément aux dispositions de l’arrêté n°16274/2016 du 29 juillet 2016 portant procédures de domiciliation et de règlement des opérations d’exportations. En tout cas, ces devises, une fois cédées sur le Marché interbancaire de devises (MID) devront améliorer la santé de l’ariary et donc freiner sa dépréciation. Encore faut-il cependant que Madagascar dispose d’assez de produits à exporter ou des services à proposer à l’étranger.

Solution Thierry Rajaona, président du Groupement des entreprises de Madagascar (GEM), avance comme solution à l’instabilité de la monnaie nationale le privilège qui doit être accordé à la consommation, en réduisant significativement le recours à l’importation. « L’idée est de développer la consommation locale en développant la production locale. À ce titre, il y a par exemple la filière blé qui n’attend qu’à être développée », suggère-t-il. Il ne manquait pas par ailleurs de souligner dans la récente newsletter de ce groupement qu’entre les deux périodes de crise, en 2009 et en 2020, l’écart entre l’euro et l’ariary s’est creusé avec une grande célérité. « Au 30 octobre 2009, rappelle-t-il, 1 euro a valu 2 929,4 ariary. Onze ans plus tard, 1 euro vaut 4 589 ariary, soit une dépréciation de plus de 16% ». C’est tout l’équipage du navire ariary qui est ainsi appelé à inverser cette tendance.