Rakotoarimanana, ancien vice-président du fokontany Andavamamba Anjezika II : « Il faut redonner aux fokontany leur lettre de noblesse »

Rakotoarimanana, ancien vice-président du fokontany Andavamamba Anjezika II : « Il faut redonner aux fokontany leur lettre de noblesse »

Rakotoarimanana dit « Dadakoto », 89 ans, a été vice-président du fokontany Andavamamba Anjezika II de 1975 à 2009. Résidant des « bas quartiers » depuis 1935, il est un témoin privilégié de l’évolution et de la transformation de cette partie de la ville d’Antananarivo.

Comment vous êtes-vous installé dans les
bas quartiers ?

Pour des raisons professionnelles, mes parents ont déménagé à Anatihazo quand j’avais trois ans. Ils viennent d’Ambohitrimanjaka. J’ai grandi dans ce quartier jusqu’à mon mariage en 1955. J’ai été embauché comme ouvrier à l’atelier de la commune à Anosipatrana. Nous avons eu droit à un logement et on s’y est installé. Entre-temps, j’ai économisé et j’ai acheté un lopin de terrain à Andavamamba. C’était une rizière, mais j’y ai construit une petite maison en terre. Depuis, je suis devenu résident
d’Andavamamba.

Qu’est ce qui vous a retenu dans ce quartier ?

Quand je suis arrivé ici, il n’y avait que quelques maisons. Sept en tout. Tout le monde se connaissait et à cause de cela, un certain sentiment d’appartenance s’est développé. On a l’impression d’être à la campagne, bien qu’on soit en plein centre-ville. Je m’y suis attaché et c’est pour cette raison que je me suis fixé un objectif : développer le quartier. Ainsi, je n’ai pas hésité à intégrer le comité du fokontany à partir de 1975 et cela pendant plus de trois décennies.

Mais Andavamamba a une mauvaise réputation…

Je ne sais pas d’où vient ce cliché. C’est peut-être dû à cette chanson du groupe Lôlo sy ny tariny, Lemizo ? En effet, ce quartier n’est pas loin de l’abattoir municipal d’Anosipatrana. Beaucoup de gens d’ici y travaillaient et se promenaient avec des couteaux attachés à la hanche. Toutefois dans ma jeunesse, après avoir regardé du cinéma ou du théâtre, je ralliais souvent le centre-ville et Anosipatrana à pied. Je n’ai rencontré aucun problème.

Comment trouvez-vous votre quartier actuellement ?

Quand nous sommes arrivés ici en 1962, il n’y avait que de la rizière. L’aménagement du quartier s’est construit avec les citoyens. Bien que le nombre d’habitants ait beaucoup augmenté, nous avons pu exercer un certain contrôle. Il a été facile de mobiliser les habitants pour les travaux communautaires car ils nous respectaient. Actuellement, tout a changé. Le quartier s’est métamorphosé. Le sentiment d’appartenance, le sens de la communauté et le respect des biens communs se sont effrités. Les gens ne respectent plus l’autorité du fokontany. Ils n’y ont recours que pour obtenir les différents actes administratifs comme les certificats de résidence, les certificats de vie, etc.

D’après vous, quelle est la cause de cette situation ?

Actuellement, les dirigeants du fokontany sont désignés selon des critères que j’ignore. Ainsi, ils ont du mal à asseoir leur autorité. Quand nous dirigions le fokontany, les chefs secteurs et les vaomiera quadrillaient le quartier. Ils nous informaient systématiquement de ce qui se passait. Par ailleurs, à travers le recensement deux fois par an, nous étions régulièrement informés des nouvelles constructions et des nouveaux résidents. Par exemple, il était impossible d’héberger quelqu’un sans en informer le fokontany et de construire n’importe où. Ce n’est plus le cas aujourd’hui. Un certain laisser-aller s’est installé.

Pourquoi avez-vous quitté vos responsabilités ?

La politique a pris le dessus. En 2009, on nous a subitement remplacés par une nouvelle équipe. L’institution des fokontany en 1975 a mis fin à l’administration des mpiadidy et des chefs de canton. Depuis cette époque, je faisais partie des premiers élus du fokontany en tant que vice-président. Je ne fais pas de la politique et c’est pour cela que les sept présidents de fokontany qui se sont succédé m’ont confié cette responsabilité. Nous avons bénéficié d’une maigre indemnité, mais j’ai accepté pour l’intérêt de mon quartier et cela durant 34 ans. Je regrette la dégradation du quartier et de la mentalité des gens.

Est-ce une fatalité ? Non, tout dépend de ce que l’État veut avoir. La ville s’accroît et la population aussi. Les fokontany sont l’administration de proximité par excellence. Si l’État veut un véritable changement, il faut donner aux fokontany sa lettre de noblesse. Il faut élire les dirigeants et leur donner les moyens adéquats.