CLD : Entre outils de développement et outils politiques

CLD : Entre outils de développement et outils politiques

Zafy Albert avait vu les choses en grand. Pour pouvoir s’assurer d’une base stable au niveau des collectivités territoriales, il avait pour ambition de s’appuyer sur des députés en leur offrant un budget à gérer et à répartir au niveau de leur circonscription respective.

L’idée de doter chaque circonscription d’un fonds d’appui au développement local lui est alors venue. L’histoire a retenu que malgré les manœuvres, le Père de la démocratie allait être victime d’une motion d’empêchement par ces mêmes parlementaires. Suite à son élection, Didier Ratsiraka s’est appuyé sur la même structure. Après une petite parenthèse, après la prise de pouvoir de Marc Ravalomanana, la machine a été relancée en 2015, sur une proposition de loi du député Jao Jean.

Aujourd’hui, le fonds du Comité local de développement (CLD) – rebaptisé Crédit d’investissement destiné à l’appui au développement (CIDAD) – est l’un des socles financiers sur lequel peuvent s’appuyer les communes, avec les transferts étatiques, la fiscalité locale ou le Fonds de développement local. Le CLD est composé de député(s) élu(s) dans la circonscription, du chef du district (représentant de l’État), des maires des communes composants le district, du président du Conseil municipal (communal) ainsi que des représentants de services techniques déconcentrés (suivant les normes exigées par le plan d’urbanisme ou le schéma d’aménagement communal). Cependant, sa gestion est très politique et crée bien souvent des tensions entre les parlementaires et les maires. Ces derniers accusent ces premiers d’en faire des outils politiques et de ne choisir que les projets qui ont des coûts politiques de premier ordre, au détriment du coût social.

« Le CLD est un outil de récompenses et de sanctions. Pour les élus de l’opposition, il faut faire des pieds et des mains pour pouvoir décrocher un projet. On vous fait comprendre que vous avez été élu du mauvais bord politique. Parfois, si d’aventure on vous l’accorde, le choix des projets sélectionnés est réellement contestable. Il ne correspond pas aux priorités de la commune », déplore un maire issu de l’opposition qui veut garder son anonymat. Cela expliquerait le fait que de nombreux élus, quand ils se représentent, ont tendance à suivre la mouvance en place. Par exemple, de nombreux transfuges Hery vaovao ho an’i Madagasikara (HVM) se sont présentés sous la couleur de l’Isika rehetra miaraka amin’i Andry Rajoelina kaominina (IRK). « Nous risquons d’être punis si nous entrons en dissidence, regrette un édile. Pour concrétiser les promesses, il vaut mieux être du côté de l’État ».

De nombreux cas de figure se présentent pour matérialiser les travers du CLD : les choix des maires sont remis en cause, ou bien les projets sont carrément changés par les députés avec la connivence des chefs de district ou des préfets pour une raison financière ou par peur des parlementaires proches du pouvoir. Dans certaines communes, certaines décisions prises au niveau des réunions techniques sont changées au vol par le président du comité, le député, et le gestionnaire d’activité, le chef du district.

Si ces situations sont loin d’être isolées, les CLD sont de formidables outils qui peuvent soulager les communes. « Je peux témoigner que les dotations ont été équitablement réparties. Chaque commune a bénéficié des mêmes quantités de matériaux de construction. Tout a été équitablement réparti, donc nous sommes assez contents et confiants », réagit Ihajasoa Randriamanalintsoa, maire élu à Ambohitrimanjaka sous les couleurs du Tiako i Madagasikara (Tim). La circonscription est représentée par un député Tim et IRD. Le maire d’Ambohitrimanjaka a pu lancer des travaux de rénovation de bâtiments publics avec le matériel offert par le CLD.