Herinjato Ramamenosoa, Dans une société népotiste, maire de la commune rurale d’Ankaraobato : « Le magistrat de la ville perd son autorité sur sa commune »

Herinjato Ramamenosoa, Dans une société népotiste, maire de la commune rurale d’Ankaraobato : « Le magistrat de la ville perd son autorité sur sa commune »

Située dans le district d’Atsimondrano, Ankaraobato figure parmi ces communes actives, dirigées par un jeune maire. Issu de la formation Youth Leadership Training Program (YLTP), le magistrat de cette ville a fait de la transparence son fer de lance. L’autonomisation de la commune, surtout en termes de prise de décision, est son plus grand souci actuellement.

Cela fait un peu plus d’un an que vous êtes à la tête de la commune d’Ankaraobato. La réalité correspond-elle à ce à que vous imaginiez quand vous n’étiez encore que candidat ?

Pour être franc, non ! Il faut l’avouer, il y a eu beaucoup d’écarts entre ce que nous avions prévu, ce qui s’est réellement passé et ce qui se passe vraiment. Je ne parle même pas de la situation sanitaire mondiale. Il y a finalement beaucoup d’éléments à prendre en considération dans les contextes de gestion d’une commune. Il faut dire qu’on ne décide pas seul de la manière de gérer la commune. Malgré toutes les bonnes volontés du monde, il y a les contraintes des lois ainsi que la lourdeur administrative qui nous empêchent parfois d’avancer au rythme que nous voulons. Les instances de décisions font aussi partie des freins. Il faut, en plus de l’amour et du dévouement, avoir un sens relationnel et une bonne dose de créativité.

Le pouvoir du maire dans sa circonscription serait-il limité ?

Le maire a le pouvoir de contrôler ses fonctionnaires, de donner des ordres aux employés de la commune. Dans ce sens, il n’y a pas de problèmes. Mais la situation se corse lorsqu’il s’agit du citoyen qui a été longtemps en proie au laisser-aller. C’est d’autant plus difficile puisque nous vivons actuellement dans une société népotiste. C’est vraiment dommage que le premier magistrat de la ville ne puisse pas user de son pouvoir par rapport aux constructions illicites dans sa commune, quand c’est le tribunal qui donne tort à un maire ordonnant au propriétaire d’un bâtiment construit sans autorisation d’arrêter les travaux !

Vous arrivez quand même à tirer votre épingle du jeu. Où trouvez-vous les moyens de financer les projets que vous menez dans votre commune?

Je parlais plus haut du sens du relationnel. Nous avons invité les entreprises implantées dans notre commune à participer activement aux financements de nos projets. Nous avons également trouvé le moyen d’être efficients. À titre d’exemple, pour régler en partie les problèmes liés à l’eau et à l’électricité, nous avons négocié de manière efficace auprès de la compagnie nationale Jirama. De cette manière, les redevances et les surtaxes communales sont utilisées pour payer certains services ainsi que la consommation de tous les bâtiments publics de la commune. Par ailleurs, nos contribuables participent considérablement aux financements des projets via les impôts.

Justement en termes d’impôt, quelle est votre performance pour l’année écoulée ?

Nous sommes fiers de nos réalisations de 2020 avec une performance qui tourne autour des 65% malgré la pandémie et les arrêts des activités. Ce qui prouve que tous les efforts de communication menés auprès de la population ont payé. Nous avons réorganisé notre méthode de travail et avons joué la transparence pour que les contribuables sachent où va leur argent. Nous avons aussi fait beaucoup de travaux, notamment la réfection des routes et des ruelles. Ce qui a largement incité les contribuables à un civisme fiscal assez important.

Quels sont les autres combats que vous
allez mener ?

Le pouvoir des communes sur leur territoire devrait être plus important. La justice ne devrait pas ébranler l’autorité du magistrat de la ville en venant casser une décision dans sa localité, juste parce que le plaignant a le bras long. L’autre combat serait de faire porter par les députés une loi disposant que les redevances et les surtaxes communales puissent réellement revenir directement et entièrement aux caisses de la commune. Pour le moment, la compagnie nationale d’eau et d’électricité Jirama nous fait payer les coûts du matériel pour les nouvelles installations, et ce, à un prix exorbitant. Alors qu’en réalité, elle nous doit encore une somme faramineuse. Le deal n’est pas équitable.