Assainissement, une sale affaire des villes

Assainissement, une sale affaire des villes

Le manque d’assainissement est un problème majeur à Madagascar. Les eaux usées ne sont pas traitées et les maladies liées à l’eau sont la deuxième cause de mortalité dans le pays.

La ville de Toamasina est desservie par un système d’assainissement liquide unitaire extrêmement limité. Deux canaux, le Canal des Pangalanes et le Canal du Nord, récupèrent les eaux usées domestiques et pluviales, et les déversent directement dans la mer. Antananarivo n’est pas mieux lotie avec ses trois principaux canaux : Andriantany, le canal C3 et le canal Génie rural (GR). Ils permettent chacun, selon leur fonction, de drainer les eaux collectées par les divers bassins tampons des plaines autour de la capitale et d’évacuer les eaux usées des habitants de la ville. Antananarivo est l’une des seules grandes métropoles qui ne possède aucune infrastructure de traitement des eaux usées. Les eaux noires et eaux grises sont directement rejetées dans le milieu naturel. De manière générale, les deux villes principales de la Grande île souffrent énormément de manque d’infrastructures d’assainissement.

Enjeux

Comme dans la plupart des villes d’Afrique, l’assainissement des excreta (fèces et urines) à Toamasina et Antananarivo repose essentiellement sur l’utilisation de latrines qui servent à les stocker, rarement à les traiter. Dans la capitale malgache, les ménages sont essentiellement équipés en toilettes non hygiéniques (70 %) et les solutions d’évacuation et de traitement des eaux usées et des boues de vidange de fosses de toilettes sont peu nombreuses. « La CUA a un système de collecte d’eaux usées sur une longueur totale d’environ 175 km. Le système d’évacuation n’est disponible que dans les 1er et 3è arrondissements qui couvrent 17% de la population d’Antananarivo intra-muros », détaille un technicien du ministère de l’Eau, de l’Assainissement et de l’Hygiène (MEAH), s’appuyant sur le Plan d’urbanisme directeur (Pudi). Le réseau est largement insuffisant eu égard à l’accroissement de la population.

Statu quo

Les villes malgaches accusent un retard très important dans le domaine de l’assainissement ce qui peut entraîner des conséquences néfastes sur la santé publique. Les eaux brutes utilisées pour alimenter les villes en eau potable sont en effet de plus en plus polluées par les rejets incontrôlés de l’assainissement des grandes villes malgaches.

Pis, pour Antananarivo, la majorité des boues de vidange (boues vidangées de tout genre provenant de systèmes d’assainissement individuel tels que fosses septiques, latrines à seau, latrines à fosse…) est déversée soit directement dans l’Ikopa, soit au point de rejet d’Ambohitrimanjaka pour les vidanges mécanisées, soit de manière éparpillée pour les vidanges mécanisées et manuelles. La majorité des habitations n’est pas raccordée à un réseau d’égouts. Or en aval, de nombreuses rizières sont alimentées par l’Ikopa et de nombreux ménages boivent directement l’eau contaminée. Mais faute d’études menées sur ce sujet, tout le monde se contente du statu quo qui arrange bien les affaires de la Ville des Mille.

Investissements

Selon les études incluses dans le Schéma directeur d’assainissement des eaux pluviales, des eaux usées et des excreta – dans le cadre du Programme intégré d’assainissement d’Antananarivo (PIAA) –, d’ici 2037, le coût total à mobiliser à la charge du secteur public devrait atteindre 809 millions d’euros, en termes d’assainissement, avec des projets prioritaires comme la mise en place de stations de traitement des boues de vidange, des points de transfert des boues de vidange, la création de biodigesteurs, le renforcement des capacités de la CUA et du Service autonome de la maintenance de la ville d’Antananarivo (Samva), etc.

Ces investissements sont nécessaires pour réhabiliter la situation dans la capitale, mais les autres villes, amenées à grossir constamment, doivent faire le même investissement. Pour, au moins rattraper le temps perdu. Dès 1842, par exemple, Hambourg avait réalisé son réseau après le grand incendie de la ville. Entre 1860 et 1870, Paris s’était doté de 400 km de canalisation…