Personnes en situation de handicap : un bilan effroyablement vide

Personnes en situation de handicap : un bilan effroyablement vide

Les personnes en situation de handicap ont toujours été ignorées à Madagascar. Pour nos dirigeants, s’occuper du handicap n’est visiblement qu’une conditionnalité à remplir afin d’obtenir un financement extérieur.

Les politiques publiques qui devraient se décliner en budget étatique destiné à améliorer la vie des personnes ayant des besoins spécifiques sont inexistantes. Le gouvernement en parle rarement et les investissements réels tardent à voir le jour.

Souffrance commune

Dans le monde entier, les prises en charge adaptées et continues pour les personnes en situation de handicap, celles avec une différence dont les autistes, restent un grand combat. On constate que les familles aux États-Unis, comme celles en France, en Corée du Nord, à Mayotte ou en Russie, vivent des difficultés similaires. Une souffrance commune vécue par les parents et les fratries, par les aidants et les associations. Certes, des facilités et une certaine qualité de prise en charge existent dans les pays plus avancés. Par contre, dans les pays pauvres les familles sont totalement laissées à elles-mêmes. C’est le cas à Madagascar.

L’année qui s’est écoulée depuis la déclaration de l’état d’urgence par le gouvernement malgache face à la pandémie de la Covid-19 cristallise le bilan que nous pouvons émettre. Les décisions sont prises sans tenir compte de la diversité de la population et de la vulnérabilité d’une frange des Malgaches. Les personnes en situation de handicap ont été privées de bon nombre de leurs droits.

Accompagnements sanitaires et éducatifs

Concernant les droits à la santé et à l’éducation, le bilan est négatif. Durant les périodes difficiles du confinement, toutes les structures de prise en charge ont été fermées au même titre que les écoles. Pourtant, il est crucial pour les personnes avec des besoins spécifiques de poursuivre les accompagnements sanitaires et éducatifs. Les familles, les éducateurs et les associations ont lancé des cris d’alerte sur les risques de dégradation de l’état de santé des personnes ayant des besoins spécifiques. Les médias ont relayé ces annonces mais force est de constater que ces cris étaient vains. Malheureusement, ils n’ont pas trouvé des oreilles attentives auprès des dirigeants.

Notons également qu’aucune prise en charge sociale n’est réellement disponible à Madagascar en particulier pour les personnes en situation de handicap. Pourtant, les accompagnements et les soins coûtent cher et sont centralisés dans la capitale. Par mois, un enfant autiste peut facilement avoir besoin d’accompagnements spécifiques d’environ un million d’ariary. D’où la fragilité multiple des familles. Les ressources financières ont diminué. Le confinement a augmenté les tensions au sein de la société qui se transforment en violences à multifacettes; les pressions morales et physiques sur les aidants sont insoutenables.

Gesticulations

D’une manière très sporadique, des « aides » auraient été octroyées à une infime partie des personnes en situation de handicap. Il est fâcheux de voir que ces gesticulations ressemblent plus à des œuvres de bienfaisance alors qu’il devrait pourtant s’agir de droits. La théorie dit que tous les êtres humains naissent égaux et jouissent des mêmes droits.

La pratique est tout autre : les personnes en situation de handicap sont toujours considérées comme des « mi- citoyens » qui n’existent que quand on veut bien s’afficher avec eux pour démontrer une certaine action de « pitié ». Les tentatives pour ravoir les droits sont multiples, les personnes en situation de handicap dénoncent les pratiques. Sont-elles entendues ?
Sont-elles écoutées ? Jusque-là, les réponses restent effroyablement vides.