Décentralisation : la centralisation ouvre la voie au népotisme et au clientélisme politique

Décentralisation : la centralisation ouvre la voie au népotisme et au clientélisme politique

S’il est évident qu’un problème global tel que la pandémie Covid-19 requiert des solutions globales, il n’en reste pas moins vrai que la promotion des solutions initiées conjointement par les acteurs locaux, les communautés de base, les gouvernements nationaux et locaux restera la condition clé du succès du relèvement socioéconomique de la société et des ménages. En effet, l’urgence sanitaire est étroitement liée avec la lutte permanente pour la survie socioéconomique des ménages.

Toutefois, ces solutions ne viendront pas toutes seules sans la volonté de tous ces acteurs de réussir ensemble. Le maintien du capital confiance mutuelle entre la population et le gouvernement qui prend les décisions stratégiques est un facteur majeur de réussite. Malgré l’existence de cadres législatifs et d’institutions spécialisées, les perceptions sur la persistance des malversations, des corruptions et des cas d’impunité, corrélées avec l’absence de transparence et de redevabilité, semblent grandir et nuisent considérablement à l’adhésion sociale aux décisions prises.

Région : une fonction charnière

La région est la collectivité au niveau intermédiaire qui devait servir d’interface entre le gouvernement central et les communes. Le statut de collectivité de la région est prévu par la Constitution. La région devrait jouer la fonction charnière entre les préoccupations locales et les priorités nationales. En l’absence d’autorité régionale redevable envers les acteurs du territoire, les remontées d’informations s’adressent directement au gouvernement central qui se trouve ainsi rapidement submergé.

Cette centralisation du pouvoir, même si ce n’est pas un fait nouveau, n’est pas seulement un handicap au processus de développement, elle ouvre facilement la voie au népotisme et au clientélisme politique, au détriment des maires élus qui doivent prêter allégeance, sous peine d’être sanctionnés ou rayés de la liste des bénéficiaires des transferts de ressources (subventions). L’absence de la région ayant le statut de collectivité fragilise en même temps l’administration centrale rendue responsable de tous les maux, et qui perd son énergie à mater les revendications sociales sous ses diverses formes.

Il est donc urgent de faire bouger la ligne sur ce niveau de la décentralisation pour la stabilité politique. Il s’agit aussi de concrétiser la territorialisation des politiques publiques, plus que jamais d’actualité, afin de mieux mettre en valeur les territoires et les initiatives qui y émergent. La gestion concertée et la valorisation de nos patrimoines et du foncier au profit de la population en dépendent, car cela affecte prioritairement tous les ruraux qui en représentent les 80%. Enfin, il faut comprendre que la décentralisation ne vise pas seulement le rapprochement de la population au centre de décisions, elle est également le moyen pour répartir de manière équitable les ressources générées à l’échelle du pays, gage de notre stabilité sociale et politique à long terme.

Administration de proximité

Pour le moment, la commune est le seul niveau de collectivité territoriale décentralisée effective, si la région reste toujours gouvernée par des personnes nommées par le président de la République. Elle a une mission prioritaire d’assurer les services de proximité jusqu’au niveau des fokontany et des communautés. Mais à cause du statut des chefs de fokontany qui ne sont « pas élus, mais désignés par le chef de district, représentant l’État, soumis hiérarchiquement au ministre de l’Intérieur », une dimension importante de l’administration de proximité échappe quasiment au contrôle des maires élus. Il faudrait redresser rapidement cette incohérence à l’esprit des lois de la décentralisation, qui visent pourtant l’autonomie des collectivités.

Les co-engagements en changements mesurables

L’émergence d’une société civile, y compris les médias, non complaisante, qui se rend visible à travers ses organisations d’envergure nationales notamment, et qui s’engage à des coalitions et à des co-constructions avec les composantes de l’administration, apporte certainement un nouveau souffle à notre démocratie naissante. Par ailleurs, avec l’officialisation en 2015 des espaces de concertation au niveau des Collectivités décentralisées telles que la Structure locale de concertation (SLC), le pays a fait un pas en avant dans la mise en place effective de la démocratie.

Notons l’absence du Conseil économique, social, culturel et environnemental (CESCE), la dernière institution mentionnée dans la Constitution de 2010 (article 105), qui est un organe de consultation des décisions et politiques publiques, composé essentiellement du secteur privé, des syndicats et de la société civile. Même fragiles et parfois ponctuelles, peu institutionnalisées, toutes formes collaboratives entre la société civile et l’administration étatique à différents niveaux méritent de recevoir l’appui de tous les acteurs. Le défi est la transformation de ces co-engagements en changements mesurables. Sur cet aspect lié au suivi et à l’évaluation du changement, force est de constater que malgré l’adhésion par principe de l’administration à l’esprit de la gestion axée sur les résultats1, la pratique de la gestion basée sur les moyens reste dominante. Une pratique qui maintient les cloisons entre les divers secteurs et inhibe les synergies intersectorielles.