Étude : évaluation à deux ans du régime (4ème partie)

Étude : évaluation à deux ans du régime (4ème partie)

Impression de bonne gouvernance depuis l’investiture par province – profil des répondants

Commentaire du cabinet ATW : Les jeunes de 18 à 34 ans, les personnes de catégories A, C1 et C2, ceux qui ont un bac +4 minimum trouvent que le pays ne va pas dans la bonne direction depuis l’investiture du nouveau Président.

Juvence Ramasy: Pour cette frange de la population, les perspectives qu’offre le pays en termes d’éducation, de débouché, les études, le marché de l’emploi… ont été prises en compte. Pour répondre à ces préoccupations, la construction d’universités dans toutes les régions a été annoncée par le chef de l’État. En dépit de ces annonces, les perspectives d’avenir sont assez sombres pour les jeunes.

Les gens qui ont fait des études supérieures ont un recul suffisant pour voir vraiment ce qui a été fait durant ces deux ans et même par rapport aux administrations précédentes. Les actions populistes fonctionnent davantage auprès des personnes qui ne font pas cet exercice de recul nécessaire. Les autres ne font que voir en la personne du Président celui qui va réussir à résoudre tous les problèmes, le démiurge du salut collectif

Avez-vous l’impression que, depuis l’investiture du nouveau Président, le pays se dirige vers la bonne direction? Commentaire du cabinet ATW : L’impression de bonne gouvernance a significativement baissé entre 2019 et 2021. La population a donc moins l’impression qu’en 2019 que le pays se dirige dans la bonne direction depuis l’investiture du nouveau Président. Cette impression est expliquée par la non résolution des problèmes jugés prioritaires. Ces problèmes font également partie des objectifs stratégiques de l’Initiative pour l’émergence de Madagascar: la définition des politiques publiques est donc pertinente, mais leur mise en œuvre ne correspond pas à la réalité socioéconomique.

Juvence Ramasy: Les citoyens ont l’espoir que la situation s’améliorera. Il faut voir cette citation dans une perspective globale. Sur toute la planète, tout le monde espère que la situation va s’améliorer dans un an, que l’on pourrait avoir une vie plus ou moins proche de la normale. Le discours véhiculé est aussi que Madagascar va aller beaucoup mieux. On espère un taux de croissance de l’ordre de 4%. Pourtant, les projections mondiales approchent plutôt des niveaux de croissance plus faibles proche de zéro. Avec 34% qui estiment que la situation sera pire, le constat est assez partagé.

Notons qu’il y a des personnes qui ne sont pas ou que très peu affectées par la situation actuelle. Même si le monde rural n’a pas ressenti les mêmes effets que dans les centres urbains, la problématique demeure importante : comment va-t-il écouler la production si les centres urbains n’ont pas les mêmes capacités d’achat qu’auparavant ? On peut considérer que les 34% qui estiment que la situation sera pire sont dans le pragmatisme. Le niveau d’optimisme répond peut-être à ce pragmatisme.

Selon vous, comment vos conditions de vie seront-elles d’ici un an ?

Commentaire du cabinet ATW : 49% de la population pensent que leur vie sera meilleure qu’actuellement dans un an. 34% pensent qu’elle sera pire, 11% identique et 17% ne savent pas. Juvence Ramasy: En 2019, la société était dans la foulée des élections de 2019 et dans l’enthousiasme de la campagne électorale. Aujourd’hui, nous sommes dans la « réalité du pouvoir ». La pandémie a mis un coup d’arrêt à certain nombre d’activités. Je pense que les restrictions liées aux libertés individuelles expliquent cette baisse. À un certain moment, les auditeurs ne pouvaient pas s’exprimer à la radio, des émissions ont été suspendues.

Rappelons aussi que le chef de l’État a mis la barre trop haute : il a fait énormément de promesses. Il y a une confusion dans la direction qu’il veut donner au pays : des consultations ont été entreprises pour la mise en place du Plan émergence Madagascar (PEM), après, le Plan Marshall a été publié. Nous ne savons pas dans quelle direction nous allons. Des questions demeurent en suspens : comment mettre en œuvre toutes ces mesures ? Avec quel financement ?

Sachant que Madagascar dépend des bailleurs de fonds, avec une partie très importante du budget étatique qui provient des aides budgétaires. Or, le numéro Un de l’État avait promis de ne plus travailler avec eux. Il est vrai que la pandémie peut excuser ces atermoiements, mais un flou en matière de vision stratégique se pose. Certes, Hery Rajaonarimampianina n’a organisé la Conférence des bailleurs qu’en 2016, mais cela ne peut d’excuser le fait que, jusqu’à maintenant, nous n’avons pas de plan définitivement adopté. Nous n’avons aucune visibilité.