Gaz à effet de serre : les rouages de la finance carbone

Gaz à effet de serre : les rouages de la finance carbone

Le 12 février 2014, Madagascar a conclu sa première transaction en finance carbone. Selon le communiqué publié par l’organisation Wildlife Conservation Society, le gouvernement Malagasy avait reçu ses premiers crédits de compensation carbones venant de Microsoft et The CarbonNeutral Company.

Cette vente était supposée financer le mécanisme de Réduction des Emissions dues à la Déforestation et à la Dégradation des Forêts (REDD+) à Madagascar. Le parc naturel de Makira a été choisi comme site pilote, et le succès de cette transaction marqua la première vente de crédit carbone appuyée par un gouvernement en Afrique.

Le marché carbone

Le marché carbone regroupe l’ensemble des mécanismes d’échanges et de transactions des crédits de réduction des émissions de gaz à effet de serre. C’est donc un mécanisme qui permet d’échanger des droits d’émission de CO2 de la même manière que des titres financiers. Il a été mis en place en 2005 par le protocole de Kyoto, pour inciter les pays à réduire leurs émissions de CO2 et à investir dans des technologies plus propres afin de lutter contre le réchauffement climatique.

Dans le cadre du commerce du carbone, un pays pollueur ayant plus d’émissions de carbone peut acheter le droit d’émettre un peu plus et le pays ayant moins d’émissions vend ce droit d’émettre du carbone à ces premiers.

REDD+

Pour que le marché carbone puisse subsister, un couple émetteur et séquestreur est nécessaire. Avec une économie mondiale libérale qui refuse d’abandonner la surconsommation, il a été décidé lors des négociations internationales que certains pays industrialisés pollueurs doivent payer une grosse somme d’argent à des pays moins émetteurs dans l’objectif de réduire les émissions dues à la déforestation et à la dégradation des forêts dans ces derniers.

Les forêts jouent donc un rôle fondamental dans l’atténuation des émissions des Gaz à Effets de Serre (GES) en éliminant le CO2 de l’atmosphère. Quand les arbres sont détruits ils deviennent donc émetteurs de GES et libérant donc le carbone qu’ils ont emmagasiné. L’arrêt de la déforestation serait efficace en pour l’économie libéral et aurait un impact évident au niveau de la réduction des émissions mondiales de CO2.

Le mécanisme REDD+ se fonde donc un mécanisme d’atténuation du changement climatique qui vise à payer les efforts de réduction des émissions de carbone provenant de la déforestation et la dégradation des forêts.  Les activités de la REDD+ s’orientent principalement vers des objectifs de réduction de déforestation, d’une reboisement forestière intensif et de gestion durable des forêts.

Makira

Le parc national Makira est située dans le Nord Est de Madagascar, à l’Ouest du Parc national Masoala et de la baie d’Antongila, autour de la ville de Maroantsetra et au Sud d’Andapa. C’est une aire protégée d’une superficie de 372 470 ha qui représente le plus grand bloc de forêt dense humide sempervirente de basse et moyenne altitude encore intacte à Madagascar, constituant un corridor forestier qui relie l’Est et le Nord.

Le projet Makira REDD+ est un projet mené par Wildlife Conservation Society (WCS) avec l’aide de Conservation International (CI). En 2008, Makira Carbon Company signe un accord avec le gouvernement malgache pour assurer les négociations et transactions carbones du pays. La compagnie vend depuis Février 2014 des crédits carbones issus des aires protégées à USD10 la tonne. Selon la WCS, 50% des revenus sont transférés à la communauté locale pour le développement communautaire, la protection des forêts et la gestion durable des ressources naturelles, 20% sont attribués au gouvernement de Madagascar pour des renforcement de capacité dans le cadre du programme REDD +, 20% sont utilisés pour la gestion et l’entretien du Parc Makira par la WCS et 10% sont dépensés pour le marketing et les certifications.

Déforestation

Pour renforcer ce potentiel de marché de carbone, le Bureau National de Coordination REDD+ (BNC- REDD+) est ambitieux. Selon cet organe responsable de la coordination de la lutte contre le changement climatique et du marché carbone à Madagascar, d’ici 2030, le taux de déforestation sera réduit considérablement par rapport au niveau de référence, qui contribuera à la réduction des émissions du pays à 15% par an. De plus, la superficie du couvert forestier sera augmentée de 15% à 17% du territoire national, à travers le reboisement et la restauration des forêts dégradées, de telle sorte que sa richesse en biodiversité sera maintenue et le capital social des communautés sera renforcé pour leur développement économique en vue d’un développement rural durable.

La tâche est lourde car les faits contredisent cette ambition. Des études combinées de la période 1953-2000 et de données recueillies entre 2001 et 2014 sur l’étendue du territoire malgache montre une diminution du couvert forestier de 44 %, dont 37 % sur la période 1973-2014. Les forêts naturelles couvrent 8,9 millions d’hectares en 2014, avec un taux de déforestation de 1,1 % par an entre 2010 et 2014, soit une perte annuelle de 99 000 hectares annuelle. Encore pire, d’après Global Forest Watch, durant l’année 2017, Madagascar se classe 4ème parmi les pays en termes de déforestation avec 510 000 hectares détruits en une année, soit la disparition de 3,8% des forêts à Madagascar.

Lueur d’espoir 

Une grande première. Plus de 1200000 de jeunes plantes ont été cultivés sur 500 hectares dans le Fokontany de Firazazana-Tampoketsa, District Ankazobe, lors de la campagne de lancement national du reboisement 2020 le 19 janvier 2020. Ces jeunes plantes sont très diversifiés avec une cinquantaine d’espèces différentes.

C’est un grand challenge pour Madagascar. Plusieurs institutions tant privées que publiques ont été présents lors de cet évènement national pour défendre la même cause. Pour cette année 2020, l’objectif est de planter 60 millions d’arbres, répartis dans toute l’île avec la même vision qui est « Madagasikara rakotr’ala».