Des hauts et débats

Des hauts et débats

Politikà aura traversé deux mandats, en principe. Votre revue ne compte pas s’arrêter en si bon chemin. Les anniversaires sont une occasion de faire le bilan, de se remettre en question ou de se fixer un nouveau cap. En regardant dans le rétroviseur, on ne peut que regretter la situation de la presse à Madagascar, bien que la Grande île ne soit pas une exception.

Ce que les administrations ignorent, ou nient sciemment, est que la liberté de la presse est la pierre angulaire de toute démocratie. Bien entendu, cette liberté requiert un important investissement moral, éthique et professionnel de la part des journalistes. Ces derniers sont souvent attaqués, à juste raison, sur ce point. Cependant, la presse est un élément central de la vie démocratique. Et les journalistes en constituent un rouage essentiel, qu’on le veuille ou non. Certains souhaiteraient que les journalistes ne relaient que des informations positives, ne fassent que glorifier l’administration, ne mettent en avant que les zava-bita… Revenons sur Terre. Les réalités, même si elles font mal, ne peuvent et ne doivent être occultées. Toutefois, il n’est pas obligatoire de tomber systématiquement dans le fatalisme. Tous les jours, les journalistes doivent jouer à ce jeu d’équilibriste précaire.

Pour Politikà, ces cinq ans ont été loin d’être un long fleuve tranquille. Comment pourrions-nous être tranquilles en observant que la liberté de la presse s’érode, que la pauvreté et la paupérisation sont de plus en plus préoccupantes, sans oublier les séquelles durables laissées par la Covid-19. Les ministres et les hauts fonctionnaires se sont succédé, mais la situation de la Grande île n’a guère évolué, certains maux demeurent, persistent. Nous réfutons la critique formulée à l’endroit de Politikà, de la presse ou de la société civile en général selon laquelle les débats d’idées seraient stériles. Les agendas politiques et les changements doivent s’y nourrir. C’est un terreau fertile sur lequel peuvent germer les idées et les programmes efficaces. Comme tous les titres et tous les organes de presse, nous avons connu des hauts et…débats. Nous avons traversé les périodes fastes et les polémiques, sans dévier de notre trajectoire.

Pour ce numéro anniversaire, votre revue fera son autocritique, sur de multiples questions qu’elle a abordées depuis sa naissance : équilibre, équité, genre… l’exercice est nécessaire pour pouvoir se projeter sur les prochaines années et rectifier le tir. Nous portons aussi un regard critique, fondé une fois de plus sur des données factuelles, sur le monde des médias. Peut-être l’avez-vous remarqué, depuis quelques numéros, nous essayons de mettre en relief des études, avec une approche scientifique sur des sujets de société. Cela constitue une nouvelle démarche, loin des sentiers battus, qui fera en sorte que votre revue soit à la fois généraliste et scientifique ; et surtout, qu’elle soit utile.

Le journalisme a besoin d’autocritique, surtout face à l’émergence de nouveaux médias et face aux mutations extrêmement rapides de la société. La presse est otage de multiples intérêts, nous ne nous positionnons pas comme donneur de leçon, mais avec des chiffres et des faits, les maux de notre chère presse (c’est peu de le dire) nous paraissent symptomatiques de ceux du pays. Les médias alternatifs ne cessent de croître et de se renouveler, notamment avec le développement rapide du digital. Cependant, les luttes sociales et leurs enjeux sont restés largement les mêmes au fil du temps. Il est donc nécessaire d’avoir des échanges réguliers et de développer des alliances stratégiques.

La presse est un véhicule de lutte, à travers les histoires et les prises de position qu’elle véhicule. Il s’agit autant de lutter pour qu’untel ou untel prenne le pouvoir, que pour que des problématiques sociétales soient résolues, pour que la fracture sociétale soit moins béante, pour que les deniers publics soient davantage mieux gérés, pour que les femmes puissent être mieux considérées dans les cercles décisionnels… L’impéritie des gouvernants successifs face à ces questions n’a pas seulement contribué à élargir le fossé entre la bureaucratie, d’un côté, et la population, de l’autre, elle a ouvert la voie à la remise en question de la démocratie. Politikà luttera jusqu’au bout pour ces valeurs démocratiques et ces avancées sociales, afin que « nous puissions vivre la politique différemment ».