Domoina Rasamoelson : tous les chemins mènent au journalisme

Domoina Rasamoelson : tous les chemins mènent au journalisme

Domoina Rasamoelson a fait ses premiers pas dans le monde de la presse en tant que responsable commerciale de la radio-télévision Ravinala en 1998. À cette époque, rien ne la prédisait à une carrière dans le journalisme.

En 2000, Domoina Rasamoelson devient la chargée de communication de la Chambre de commerce et d’industrie (CCI) d’Antananarivo, poste qu’elle a occupé jusqu’en 2006. Cette période lui a permis de se questionner sur les raisons pour lesquelles les journalistes ne voulaient pas reprendre les communiqués de presse qu’elle leur
envoyait.

Ayant eu envie de comprendre le fonctionnement de ce métier, en 2005, elle s’est vue proposer le poste de journaliste au sein de Les Nouvelles. Un challenge qu’elle a accepté avec joie. La passion pour ce métier lui est venue en le pratiquant, mais surtout suite à une formation donnée par Christian Chadefaux, un grand journaliste qui a formé et influencé de nombreux professionnels malgaches.

Précurseur

Pour des raisons personnelles, Domoina Rasamoelson quitte le quotidien Les Nouvelles en 2008 pour partir à Fort-Dauphin. Une décision qui a, au lieu de l’éloigner de la route du métier de l’information, l’en a rapprochée. En 2009, le créateur de sobika.com, Niry Jules, l’a recrutée en tant que reporter. Dans sa conception, le site se voulait être une référence pour les Malgaches vivant à l’étranger. Au fil du temps, il est devenu l’un des précurseurs de la presse en ligne à Madagascar. En 2009, sobika.com devient une source référence sur les événements qui se sont déroulés à Madagascar. Le fil d’info atteint même les deux millions de visiteurs.

Avec un plan de carrière tracé depuis ses 22 ans, Domoina Rasamoelson estime que la presse était une étape essentielle dans son cheminement, mais sa finalité était de créer sa propre entreprise et de devenir le leader dans son domaine d’activité. Durant sa carrière de journaliste, elle s’est énormément engagée en plaidant à trois reprises dans des cas d’injustice envers des journalistes. Ces épreuves l’ont marquée.

Information en ligne 

En 2009-2010, la presse en ligne n’était pas reconnue comme organe de presse à part entière. Pour preuve, Rolly Mercia, ministre de la communication à l’époque, n’avait pas voulu admettre les journalistes de la presse en ligne dans le corps des journalistes professionnels encartés. Le motif évoqué à l’époque était l’absence de siège physique à Madagascar.

La situation a peu à peu évolué. Avec le développement d’internet, levier de la mondialisation, toutes les industries de presse sont maintenant obligées de disposer d’un site web et de comptes sur les réseaux sociaux. Ce sont autant d’outils nécessaires pour marquer la présence et pour vendre. La mutation est en marche et Domoina Rasamoelson est fière d’y avoir contribué.

Cette marche du monde, la journaliste la suit de près, même si elle évolue dorénavant dans le microcosme de l’entrepreneuriat. Aujourd’hui, elle s’est totalement reconvertie dans l’entrepreneuriat et l’agroalimentaire. « J’ai été sélectionnée lors d’un concours lancé par Nexta en 2020. Une année après, et grâce à ce concours, mon entreprise est devenue un fournisseur agréé de Jovena », soutient-elle, fière du chemin qu’elle
a parcouru.

Le pouvoir de l’information

« L’information reste le pouvoir par excellence », note pourtant Domoina Rasamoelson, sans oublier de rappeler le poids de l’argent. Selon son constat, à Madagascar, ceux qui disposent de l’information ne savent pas l’utiliser. Paradoxalement, ceux qui disposent du pouvoir n’ont pas d’information. Ceux qui détiennent l’argent, quant à eux, n’agissent pas toujours pour le bien du grand nombre.

« Avec 61 ans d’indépendance, et au regard du développement des Comores et de l’île Maurice qui sont proches de nous, nous devrions nous regarder dans la glace et nous demander où nous voudrions atterrir », implore-t-elle, voulant réveiller la conscience collective.

La condition de la presse n’a pas changé depuis 12 ans. Domoina Rasamoelson s’interroge si les journalistes malgaches en sont conscients. Elle pose alors la question phare : « cette situation va-t-elle changer ? » C’est à cause de cette situation statique qu’elle a arrêté le journalisme et quitté le Collectif des journalistes de Madagascar. « J’avais l’impression d’être dans une voie sans issue », conclut-elle avec amertume.