Tsiky Rahagalala : la relève du journalisme d’investigation

Tsiky Rahagalala : la relève du journalisme d’investigation

Rahaga, ce patronyme connu dans le monde de la presse écrite a été, pour Tsiky Rahagalala, un poids sur les épaules d’un frêle jeune homme dans la fleur de l’âge ; mais également une opportunité : celle de tracer son propre chemin de journaliste, autrement que son père ou son frère.

Tsiky Rahagalala a obtenu le prix Malina du Transparency International – Initiative Madagascar (TI-MG) pour son investigation portant sur la thématique de la corruption sexuelle. Tout porte donc à croire que le jeune journaliste a trouvé
sa voie.

Expérience

Le métier du journalisme à Madagascar a la chance d’accueillir des personnes venant de divers horizons. Après son bacc, Tsiky Rahagalala, lui, a préféré étudier les langues, entre autres le mandarin, l’anglais et l’allemand. Par la suite, il s’est inscrit à la filière gestion et a obtenu son diplôme avec brio. Tout portait à croire qu’il allait suivre une voie autre que celle de son père… Et pourtant, le métier le rattrape. Il intègre le quotidien Madagascar Matin.

« Je me souviens que mon premier article parlait de l’Euro 2016. J’étais à l’aise avec le sujet étant moi-même fan de football », se remémore-t-il avec nostalgie. Une euphorie passagère, car peu de temps après, il a été affecté à la rubrique « faits divers ». Supportant mal la vue du sang, les quelques mois qu’il y a passés étaient pour lui les plus difficiles de sa carrière de journaliste. Il écrira ensuite tour à tour pour les rubriques sociale et politique. Après deux ans au sein de Madagascar Matin, il intègre le quotidien Le Citoyen en 2018. Au bout de quelques mois au sein de la rédaction, il eut la lourde charge de remplir toutes les pages politiques. Une expérience enrichissante pour un jeune journaliste assoiffé de savoir-faire et de connaissances.

Une passion pour l’investigation

Après des années dans le métier, Tsiky Rahagalala commence peu à peu à trouver le genre journalistique qui lui convient le mieux. Conscient qu’il accorde plus d’importance aux faits et à leur véracité qu’à leur analyse et à leur interprétation, il s’est vite tourné vers l’investigation. En 2019, il intègre le réseau Malina de TI-MG. Le jeune journaliste a déjà mené de nombreuses investigations, cette année, il a été lauréat du Grand prix Malina de journalisme d’investigation pour le meilleur article en 2020. Une consécration pour des années de dur labeur et de sacrifice.

Le journalisme d’investigation n’est pas un travail de tout repos. Tout d’abord, il faut y consacrer beaucoup de temps, – « plusieurs mois », selon le lauréat du prix Malina –, afin d’effectuer les enquêtes, de vérifier les informations et de contacter les personnes ressources. « Heureusement qu’il y a un organisme comme TI-MG qui nous donne le temps, les moyens et le soutien nécessaires pour mener des investigations et changer un peu le paysage médiatique de Madagascar », souligne notre interlocuteur.

Liberté de presse : plus partielle que complète

Durant ses multiples investigations, Tsiky Rahagalala avoue avoir reçu des menaces de plusieurs responsables au niveau d’un ministère visé par son enquête, ainsi que d’une journaliste proche de ces personnes. Téméraire, il a fait fi de ces menaces et a continué sa mission.

La preuve, selon lui, que la liberté de la presse à Madagascar n’existe que jusqu’à une certaine limite. Il estime que les menaces sur la liberté d’expression s’articulent sur deux points. Le premier : la plupart des grandes maisons de presse appartiennent à des politiciens. L’information est donc souvent partisane. Le second : dès que les informations touchent les grandes entreprises, qui sont les annonceurs, le journaliste est immédiatement censuré par son desk.

L’inexistence d’une presse indépendante nuit fortement à la consommation de l’information à Madagascar. En ce qui concerne les investigations, le lauréat du prix Malina affirme qu’il est difficile d’obtenir les documents officiels venant des différentes institutions sources : la preuve d’une absence de transparence dans la gestion des affaires de l’État. Quoi qu’il en soit, le journalisme à Madagascar gagne au change dans la mesure où il y a de plus en plus des jeunes qui se passionnent pour la recherche de la vérité et d’informations essentielles. Tsiky Rahagala en fait partie.