Sammy Rabenirainy : la voix de la radio

Sammy Rabenirainy : la voix de la radio

Certains qualifient Sammy Rabenirainy de « pionnier », d’autres vont jusqu’à le considérer comme étant le « père » de la radiophonie moderne à Madagascar.

Sammy Rabenirainy, Samuelson Daniel Rabenirainy dans l’état civil, était un grand artiste, bien que très discret. Membre fondateur et violoniste du groupe Lolo sy ny Tariny, il a rejoint les firmaments en mars 2021. « Il était une pièce maîtresse du groupe. Il écrivait, composait et s’occupait de tout ce qui est technique en matière de son », souligne François Rabenirainy, plus connu sous son nom d’artiste Benny, frère de Sammy et également membre du groupe.

Discret et humble

À part son statut d’artiste, Sammy Rabenirainy figure également dans l’histoire comme étant une personnalité du monde de la communication. Il a enchaîné les postes à responsabilité dans le ministère de tutelle de la communication. Tour à tour président du conseil d’administration (PCA) de l’Office malgache du droit d’auteur (Omda), puis directeur de cabinet de Tsilavina Ralaindimby, alors ministre de la Communication et de la Culture, avant d’être nommé directeur de l’Animation rurale auprès de ce même ministère, puis directeur de l’Animation communautaire au ministère de la Communication et des relations avec les institutions (MCRI), l’homme se forgera une solide réputation. Sammy Rabenirainy est aussi le fondateur de l’association Fl@h (Fanajariana ny lova amin’ny haino aman-jery), l’association pour la sauvegarde et la valorisation du patrimoine audiovisuel malgache… « Sammy » avait un curriculum vitae long comme le bras. De nature discrète et humble, il brillait surtout pour sa contribution pour la démocratisation de la radio malgache qui lui doit beaucoup.

« Il a mené des chantiers titanesques pour la démocratisation de la radio à Madagascar », lance François Rabenirainy. Avant 1994, les stations de radio se comptaient sur les doigts d’une main. « Grâce aux plaidoyers qu’il a effectués et à une certaine méthodologie qu’il a adoptée, beaucoup de stations privées ont pu ouvrir et émettre », souligne son frère. Des stations internationales ont pu également émettre à Madagascar, la Radio France internationale (RFI), la British broadcasting corporation (BBC) ou encore la Deutsche Welle (DW). Une véritable révolution dans le monde de la communication, comme disent ses contemporains. « Ce n’était pas les risques qui manquaient, mais avec ses compagnons, il a relevé le challenge », ajoute l’artiste.

Tête pensante Sammy Rabenirainy ne s’était pas seulement battu pour l’amélioration de l’environnement institutionnel de la radio, il avait lui-même contribué à l’ouverture de nombre de stations de radio à travers le pays, dont certaines qui sont devenues de véritables institutions comme la Radio Don Bosco (RDB), la Radio lazan’Iarivo (RLI), Alliance 92, Malagasy broadcasting system (MBS), la radio Haja à Antsirabe et bien d’autres. « Sa compétence et son expertise ont toujours été sollicitées », se souviennent sa famille et ses collègues. Minutieux, avec un grand sens du partage, il avait également formé plusieurs techniciens de son dans les stations radios et télévisions dans tout Madagascar. Il a été consultant formateur pour la Friedrich-Ebert-Stiftung (FES) Madagascar durant une très longue période, notamment pour les réalisations des programmes du centre de perfectionnement en radiojournalisme auprès de la Radio nationale malgache (RNM) et des radios de proximités dans toute l’île, aux côtés de Priscat Rakotomalala et de Rufin Rakotomaharo, entre autres. L’homme était une référence dans le domaine de la communication. Cette passion pour cette discipline remonte à son adolescence.

Dans les années 70, « Sammy » était le premier responsable du bulletin d’informations de sa paroisse. Sociologue de formation, ayant également effectué deux ans d’études de droit à l’Université d’Antananarivo, il avait suivi des formations en audionumérique et en communication médiatisée. « Le Sammy que nous connaissions était le mélange de ces bagages. Sa passion pour le fokonolona était le liant qui a aggloméré tous ces éléments et qui l’avait poussé à accomplir tous ces travaux », souligne François Rabenirainy. Sammy Rabenirainy fonde l’association Id-Haydia qui rassemble des professionnels de la communication, notamment en communication communautaire, afin de redonner aux fokonolona la place et la considération qui leur reviennent de droit.

L’homme aimait à dire que ces structures sont des éléments centraux dans la consolidation du pays. L’homme sillonnait la Grande île pour dispenser des formations à des associations, des collectifs et des collectivités travaillant pour la revalorisation des communautés de proximité. « Nous entendons mener notre contribution par le biais de nos expertises : la formation dans l’archivage audiovisuel, la conception-intégration-formation et assistance, le réseautage et la synergie », avait-il mentionné de son vivant. L’homme a laissé un grand vide dans le milieu de la radio, mais chaque journaliste, chaque technicien, chaque communiquant a quelque chose en lui de…« Sammy ».