Lova Rabary Rakotondravony : le journalisme chevillé au corps

Lova Rabary Rakotondravony : le journalisme chevillé au corps

Lova Rabary Rakotondravony intègre le monde de la presse en 2004. Elle traversera les années avec ses convictions et son savoir-faire.

D’une tonalité didactique, une vidéo s’attache à expliquer la nouvelle organisation de la circulation du côté d’Antanimena. Lova Rabary Rakotondravony, Lova Rabary dans la vie professionnelle, est à la baguette. Avec elle, on comprend davantage la complexité du choix de la municipalité mais de manière ludique. C’est la signature de 2424.mg, celle de Lova Rabary également.

Indépendance

2424.mg est le média pure player (organes de presse qui ne vivent que sur internet) qui monte. Le média qui se décline en une page Facebook et en un site web détonne à travers ses vidéos ludiques, informatives et utiles dans le milieu de la presse en ligne où l’immédiateté – sans que forcement la qualité soit au rendez-vous – est une règle. Rien d’étonnant car, Lova Rabary, sa rédactrice en chef est une femme qui a une grande expérience du journalisme et de ses multiples contraintes.

Elle a su dès son enfance quel métier elle exercerait. Tout au long de son parcours, elle s’est donné les moyens pour parvenir à son but. Durant presque deux décennies de carrière dans le journalisme, il est arrivé deux fois que Lova Rabary ait eu envie de jeter l’éponge ou de cesser d’exercer le métier. Les évènements de 2009 l’avaient profondément marquée. Constatant que des individus aux intentions malveillantes pullulaient dans le milieu politique – personnes qui n’hésitaient pas à manipuler des journalistes pour servir leurs intérêts –, elle a senti que ce qu’elle faisait, suivant les valeurs qui la forgeait, était vain.

En 2017, dans la rédaction où elle travaillait, son indépendance était grignotée de jour en jour. Alors, elle a décidé de se consacrer à la formation de journalistes. Malgré les déceptions et la détérioration de l’environnement de travail des journalistes, Lova Rabary est restée et reste profondément attachée au métier. « Des opportunités, plus intéressantes financièrement, m’avaient été proposées. Mais je ne voulais pas quitter le journalisme », se souvenait-elle. La journaliste travaille depuis 2005 en tant que correspondante au service francophone de la chaîne BBC. Elle a déjà travaillé avec Associated Press et fait maintenant partie des correspondantes de l’agence de presse Reuters Thompson.

Rigueur

Lova Rabary s’est créé une réputation de femme exigeante, rigoureuse et intransigeante. « Le but est d’arriver à tirer le meilleur des personnes qui travaillent avec moi. Mon objectif n’est pas de me faire aimer ou d’éviter que les gens se fâchent contre moi. Cela ne fait pas avancer. Cependant, il est important que les membres de l’équipe reconnaissent que, d’un point de vue professionnel, la rigueur et mes exigences sont fondées et légitimes », soutient-elle.

Actuellement rédactrice en chef de la presse en ligne 2424.mg. Auparavant, elle occupait la même fonction au sein du prestigieux quotidien national L’Express de Madagascar. Être à la tête d’un pure player occasionne de nouvelles exigences et de nouvelles contraintes. Malgré les attentes de la part du public d’une information qui doit être publiée assez rapidement dans un format plus condensé (en termes de présentation), le défi de Lova Rabary, chaque jour et même chaque heure, est de fournir des informations vérifiées et qui respectent les règles de l’art du journalisme.

Bien plus encore que dans les médias traditionnels, les médias en ligne requièrent un haut degré de professionnalisme. « On peut se permettre d’être exigeant envers l’équipe si on a les compétences. On ne peut pas être rigoureux si on ne sait pas comment se fait le travail et quelles en sont les contraintes », détaille la journaliste. Sur ce chapitre de la rigueur, elle est très attentive aux lois qui ont un lien direct avec le travail du journaliste.

histoire du temps présent

Ces dernières années, elle constate une application très subjective des dispositions. Leur application, selon elle, dépend de celui ou celle qui commet les infractions et non de la violation de la loi en elle-même. « Je lutte pour que les lois ne soient ni liberticides, ni ambiguës. Dans la situation actuelle, nous ne savons plus dans quels cas un texte s’applique ou non », déplore-t-elle.

Pour une journaliste et rédactrice en chef qui est passée de la presse écrite quotidienne à la presse en ligne, le changement suit naturellement l’évolution de la technologie et des supports sur lesquels le public s’informe. Certes, les informations doivent être fournies de manière plus rapide, car les « consommateurs numériques » sont avides de clics et de buzz, mais les publications doivent respecter des standards en termes de faits. « Par rapport aux autres médias en ligne, il est tolérable que les informations soient publiées un peu en retard sur 2424 . mg », défend Lova Rabary.

Indépendance

La journaliste et sa rédaction tiennent à cœur d’ajouter des explications, d’obtenir les versions officielles et celles de plusieurs personnes par rapport à un fait ou un événement dans le contenu qu’ils publient. Lova Rabary et son équipe conjuguent ainsi rapidité et fiabilité des informations. « Je ne prétends pas que ce que nous publions est la seule vérité. Mais, nous nous assurons d’avoir effectué toutes les vérifications nécessaires et d’obtenir les versions des différentes parties concernées », souligne-t-elle. La diffusion d’informations tronquées la révolte particulièrement.

« Je trouve dommage que les journalistes jouent le jeu de l’intox. Certains vont jusqu’à manipuler les idées pour rendre les informations sensationnelles. Pour moi, ce sont des informations malveillantes, proches du fake news », soutient-elle. Pour elle, le métier de journaliste est essentiel et central dans une démocratie. Il contribue aussi à marquer l’histoire du pays. « Si on me pose des questions dans 30 ans sur ce qui s’est passé aujourd’hui, ou pendant une certaine période, je saurai quoi répondre. Le journalisme est l’histoire du temps présent. Ce que je raconte de nos jours sera l’histoire de demain », conclut Lova Rabary.