Annick Raherimanana : la voix des événements

Annick Raherimanana : la voix des événements

Journaliste-éditorialiste et chroniqueuse politique à la radio Antsiva depuis 25 ans, Annick Raherimanana a toujours été aux premières loges des grands événements ayant marqué le pays. Une carrière riche et exceptionnelle.

« J’ai traversé trois républiques. J’ai vu défiler quatre présidents de la République et plusieurs chefs d’État. J’ai été témoin d’au moins deux grandes crises politiques ». C’est avec une fierté non dissimulée qu’Annick Raherimanana énumère ces grandes lignes de son histoire personnelle qui épouse l’histoire de Madagascar.

Chronique

L’Annick Raherimama que les auditeurs suivent à la radio est ce petit bout de femme à l’allure toujours bien soignée. Elle arbore tout le temps un grand sourire et lance, de temps à autre, des petites et sobres taquineries pour installer la convivialité entre elle et ses interlocuteurs. Ses collègues qui la croisent au quotidien dans les couloirs de la station Antsiva la décrivent comme étant une personne apaisée et calme. « À coup sûr, il s’agit d’une grande dame dotée d’une capacité d’analyse et d’une aptitude à gérer ses propres émotions et ses humeurs », garantissent les abonnés de sa chronique de 15 min, diffusée tous les midis, du lundi au jeudi, sur les ondes de la radio phare du groupe RTA.

Grâce à sa voix claire, son ton qui démontre un calme et une sérénité, soutenus par un débit modéré, Annick Raherimanana retient avec facilité les auditeurs, surtout les épris d’actualités politiques. « Nous avions passé beaucoup d’heures à pratiquer les exercices de diction, qui consistaient à placer un crayon dans la bouche. Combien de fois ai-je failli avaler mon crayon ! », confie-t-elle. Voilà pourquoi elle a su garder cette voix de jeune demoiselle, mais très mature, malgré de nombreuses années passées à la radio.

Faits et opinions

Sur les ondes de la radio Antsiva, Annick Raherimanana est devenue une des voix du journalisme radiophonique malgache. Elle a analysé et commenté la crise de 2002, marquée notamment par la chute de l’Amiral Didier Ratsiraka et l’arrivée au pouvoir de Marc Ravalomanana, avec lucidité. Elle était aussi à l’antenne de la 97.6 FM en 2009, alors que Madagascar venait de sombrer dans une crise politique qui allait durer cinq ans. « À l’époque, presque toutes les stations dans la capitale avaient cessé d’émettre parce que, si les unes ont été saccagées et pillées par les vandales, les autres ont choisi de se taire pour ne pas subir le même sort. Mais
Antsiva a continué de décortiquer et d’expliquer à ses auditeurs les faits et les opinions. Depuis notre studio à Ankorondrano, j’ai maintenu toutes mes émissions », se souvient-elle.

Chacune des émissions de la journaliste, qu’il s’agisse d’interviews, de débats ou de chroniques, constitue un véritable rendez-vous pour les auditeurs. Annick Raherimanana est une de ces femmes de la presse malgache, qui pratiquent leur métier avec passion. Fille d’une femme politique et diplômée en langue française, c’est dans le journalisme qu’elle a choisi de faire carrière. « Plus qu’un simple gagne-pain, le journalisme représente une véritable passion pour moi. Depuis 25 ans que je suis dans le domaine, je n’ai jamais envisagé de quitter ou de changer de métier, même pour une seconde. Ce ne sera pas maintenant que je vais penser à cela », souligne-t-elle. L’explication est simple : Annick Raherimanana « idolâtre » la liberté d’expression, et à travers cette liberté, elle veut contribuer à la refondation de tout le système et au développement du pays.

Liberté de penser

Maintes fois, elle a été sollicitée pour travailler pour des organismes étatiques ou pour devenir fonctionnaire. Des offres très intéressantes, voire alléchantes, lui ont été proposées parce que ses analyses et son professionnalisme seraient utiles dans beaucoup de domaines. Mais la chroniqueuse les a toutes déclinées. « Le fonctionnariat ne me réussit pas », déclare-t-elle, un sourire au coin des lèvres. À dire vrai, Annick Raherimanana a toujours été jalouse de son indépendance et de sa liberté de penser et de s’exprimer. Pour elle, devenir fonctionnaire équivalait à brader ses propres convictions, ou à renoncer à son éthique pour penser selon des directives établies préalablement par l’administration en place.

« J’ai eu des “patrons” très impliqués dans la politique. Toutefois, je ne me rappelle pas avoir été contrainte d’adopter, ni même de parler à l’antenne d’un point de vue qui n’était pas le mien. Nous avons discuté et débattu sur des faits et des opinions, mais j’ai toujours eu le privilège de pouvoir parler des choses telles que je les vois », souligne-t-elle. La journaliste se réjouit d’être restée dans la droiture dans l’exercice de ses fonctions, alors que la presse malgache s’enfonce dans la bipolarisation entre la presse partisane et la presse d’opposition. « Nous oublions que nous avons un rôle important à jouer dans la vie de notre Nation, un devoir de responsabilité. Je roule pour la refondation… dans tous les domaines », argue-t-elle, sans détour. Tous les jours, la journaliste travaille dans cette optique. Elle estime que, si les acteurs politiques ont failli dans leurs rôles, les journalistes ne devraient pas tomber dans les mêmes travers. « La liberté de presse est réelle et effective chez nous. Ce qui n’était pas le cas il y a 30 ans. Aujourd’hui, nous sommes tellement libres que nous ne savons plus ce que nous devons faire de cette liberté », regrette-t-elle. Pour elle, la presse malgache pourrait occuper cette place de quatrième pouvoir si elle le souhaitait vraiment.