Tanà vaut bien une masse

Antananarivo est dans une situation de détresse. Peut-être ne le voyons-nous pas parce que nous sommes tellement habitués au laxisme, au marasme ambiant, à l’insalubrité… mais un petit recul et une vision détachée nous permettent de constater le chaos qui règne dans la capitale malgache. La ville est désordonnée, la circulation est chaotique, le moyen-âge côtoie un semblant de modernité par -ci, par-là. Plus les décennies défilent, plus la situation se détériore. La pression démographique et les politiques laxistes ont eu raison de la capitale de Madagascar, la plus grande ville de l’océan Indien.

Réhabiliter la situation sera difficile, très difficile même, car la gabegie et le laisser-aller ont été érigés comme les règles de base. Les marchands ambulants se sont fixé sur les trottoirs, avec la bénédiction de l’équipe sortante de la commune, les taxi-be ont grandement contribué aux congestions quasi-incessantes des artères de la capitale, les pousse-pousse et les charrettes poussent à fond la patience des automobilistes, l’incivilité est devenue la norme. Au fur et à mesure que le nombre d’infrastructures de divertissement ou les espaces verts a décru, celui des épiceries, des kiosques aux couleurs des opérateurs téléphoniques, des vendeurs de rue, des parkings sauvages a augmenté.

Le problème est que rien, ou très peu, a été fait pour anticiper demain. La réflexion de ce que sera la Ville des Mille en 2030, voire en 2050, devrait être effectuée dès maintenant. En 2030, la population tananarivienne – ou du moins, le flux de personnes se déplaçant à Antananarivo – va doubler. De près de trois millions actuellement, elle passera à six ou sept millions. La capitale malgache génère 42% du PIB de la Grande île, mais un peu plus de la moitié de ses habitants vit dans la pauvreté. Les logements insalubres et les bidonvilles sont légion. Ce sont autant de défis auxquels il faut s’attaquer et réfléchir, même si ce ne sont pas les plans et les études qui manquent, mais plutôt leur mise en application.

Port-Louis, la voisine mauricienne d’Antananarivo, vient de réaliser ses premiers tests sur son métro léger. La ville de Saint-Denis de La Réunion réfléchit à installer un réseau de téléphérique urbain  qui devrait relier les quartiers du littoral avec ceux qui se situent sur les hauteurs. À Harare, la capitale du Zimbabwe, un pays que l’on considère comme quasiment en faillite, la circulation est régie par des feux de circulation, dont une bonne partie fonctionne à l’énergie solaire. Antananarivo est encore empêtrée dans ses problèmes de pousse-pousse, de gestion de ses ordures, d’odeur âcre d’urine qui jalonne certains quartiers, de défécations à l’air libre… Des problèmes qui ont insidieusement pris racine, même si, avouons-le, chaque municipalité a ses problèmes. C’est le propre des villes.

Un maire a un mandat. Il ne doit pas avoir peur de prendre des décisions énergiques, quitte à froisser ce que les politiques nomment souvent à dessein la « masse populaire », qui finalement ne représente qu’une infime minorité des trois millions de Tananariviens ou des habitants des périphériques qui font vivre Antananarivo. Mais bien entendu, cela nécessite du courage, de l’abnégation, de l’ingéniosité. Un maire est « le » politicien de proximité par excellence. Il peut se targuer de mener des actions ou de prendre des décisions qui peuvent changer immédiatement une situation donnée. La plupart des élus sont catalogués parmi les oligarques qui se seraient seulement soucié de jouir de prébendes mais les maires jouissent bien souvent d’une meilleure réputation, s’ils font bien leur travail Antananarivo n’a pas besoin d’un maire sentimental ou romantique. Elle a besoin d’un maire qui (r)assoira l’autorité municipale. Antananarivo n’a pas besoin d’un maire qui sera éternellement en campagne. Elle a besoin d’un maire qui travaille et qui apporte des solutions aux problèmes. Antananarivo n’a pas besoin d’un maire qui va cajoler uniquement une couche de la population. Elle a besoin d’un maire qui sera au service de tous les Tananariviens et de tous ceux qui convergent vers la capitale.

Il est temps pour le futur maire d’agir et de faire fi des considérations des minorités. Car Tana vaut bien une masse.