Commune urbaine d’Antananarivo : les défis de « monsieur » le maire

Commune urbaine d’Antananarivo : les défis de « monsieur » le maire

Tel un roi, Naina Andriatsitohaina, le nouveau maire d’Antananarivo, trône fièrement sur le balcon de l’hôtel de ville. L’image est saisissante. On ne sait pas s’il admire la vue de la capitale ou s’il est en train de mesurer l’ampleur de la tâche qui l’attend à la tête de la Ville des Mille. Il fait beau. Une semaine après, de fortes pluies s’abattront sur la capitale. Elles présageront la tempête perpétuelle que représente la mission de redressement d’Antananarivo.

Taux de participation famélique

Le candidat du Isika rehetra Kaominina miaraka amin’i Andry Rajoelina (IRK) a triomphé. Il a remporté la bataille de la Commune urbaine d’Antananarivo (CUA), devant Rina Andriamasinoro, le candidat du Tiako i Madagasikara (Tim). Tous les leviers sont dorénavant entre les mains de Andry Rajoelina. Sur tout le territoire, l’IRK a enregistré une nouvelle razzia durant ces communales. Le Tim a encore cédé du terrain, parfois dans ses fiefs. Les cinq chefs-lieux des anciennes provinces ont été remportés par la formation politique du chef de l’État. Comme lors des législatives, l’IRK a presque tout raflé. Les partis affiliés à la mouvance du chef de l’État font également des percées notables. Le Malagasy Miara-Mianga (MMM) a réussi à faire élire 143 maires, Freedom, le parti du ministre de la Communication et de la Culture, a grappillé quelques mairies. Les indépendants constituent, une fois de plus, la deuxième force politique du pays derrière l’IRK. L’élection de Naina Andriantsitohaina à la tête de la commune urbaine d’Antananarivo a été confirmée par le Tribunal administratif, malgré les requêtes déposées par le camp de l’ancien président Marc Ravalomanana. Dans la mauvaise dynamique des autres élections, le taux de participation pour Antananarivo a été très bas, avec près de 70% de votants qui se sont abstenus. « Bien que le vote soit un droit, il s’agit surtout d’un devoir envers la société et le pays. Le faible taux de participation biaise la légitimité des élus », déplore Navony Pierre Lenoble, président du Haut conseil pour la défense de la démocratie et de l’État de droit (HCDDED).

« Bien que le vote soit un droit, il s’agit surtout d’un devoir envers la société et le pays. Le faible taux de participation biaise la légitimité des élus »

Assainissement

Bien ou mal élu, le nouveau premier magistrat de la Ville des Mille a du pain sur la planche. Au moins, il peut s’appuyer sur les leviers institutionnels qui sont quasiment acquis à la cause du Président et de ses sympathisants. Par exemple, dès la veille de sa prestation de serment, les éléments de la police nationale avaient investi les rues de la capitale pour déloger les vendeurs de rue et pour réguler (enfin) la circulation. Un rôle qui est normalement dévolu à la police municipale qui n’a jamais pu mener jusqu’à son terme sa mission. Qu’importe la colère des marchands de rue, la capitale doit être assainie et qu’importe également la promesse du président de la République – que les opposants ont malicieusement relayé sur les réseaux sociaux – Antananarivo doit se débarrasser d’eux. En effet, le 3 novembre 2018, à Antsonjombe, le chef de l’État s’était clairement exprimé en faveur de cette partie de son électorat. « Est-ce que nous acceptons que les vendeurs de rue soient délogés ? [L’assistance répond en chœur “non !”]. C’est pour cela que je vous dis que j’ai des projets. Je peux changer la face de Madagascar en quatre jours », s’était-il enthousiasmé. Dans nos colonnes, le Premier magistrat de la capitale avait promis : « Comme le commerce est le cœur économique de la ville d’Antananarivo et le moyen de subsistance de la majorité de ses citoyens, il faut pouvoir organiser les marchés pour qu’ils puissent continuer à travailler ».

Bien ou mal élu, le nouveau premier magistrat de la Ville des Mille a du pain sur la planche.

Action énergique

Bien entendu, ces paroles aux visées clientélistes ont été vite oubliées car Naina Andriatsitohaina a su fédérer autour de lui diverses personnalités, qui ont comme point commun la volonté de voir la capitale retrouver ses lustres d’antan. Dans son sillage s’étaient glissé un aéropage de têtes bien connues dans les microcosmes politique, économique et artistique : Olivier Donnat Andriamahefamparany, ancien secrétaire général du Tim, Vahombey, artiste et candidat à la présidentielle de 2013, Elia Ravelomananantsoa, ancienne candidate à la magistrature suprême également et ministre de la Culture, et même le chroniqueur Vanf, éternel abstinent aux différentes élections, qui a décidé de rompre ses vœux pour soutenir le candidat de l’IRK. Pour retrouver son statut, l’assainissement de la ville est primordial. Ces personnalités qui ont été les premiers à applaudir l’action énergique de la police nationale, tout comme la plupart des usagers de la route. À l’image de ce qui se passe dans les autres départements, le mot d’ordre est dorénavant célérité à la tête de la capitale malgache. Ainsi, le chef de corps des sapeurs-pompiers l’a appris à ses dépens. À cause du manque de réactivité des éléments de Tsaralalàna, lors d’un effondrement à Avaradoha, le maire a démis de ses fonctions le numéro un des sapeurs-pompiers. D’autres épreuves du feu l’attendent, notamment la gestion des ordures car l’État central veut se débarrasser de la gestion encombrante du Service autonome de la maintenance de la ville d’Antananarivo (Samva). Il sera bientôt placé sous la tutelle de la CUA. C’est un autre dossier brûlant auquel doit s’atteler « monsieur » le maire, parmi tant d’autres.

Raoto Andriamanambe