Andry Rajoelina : condamné à réussir

Andry Rajoelina : condamné à réussir

Vendredi 24 janvier. Le chef de l’État se rend au chevet des sinistrés dans les districts de Maevatanana et de Mitsinjo. Accompagné de son ministre de la Défense nationale, le général de division Richard Rakotonirina – l’un de ses fidèles lieutenants – Andry Rajoelina, en lunettes noires et gilet de sauvetage orange, donne de sa personne pour sauver les sinistrés. Les photos publiées sur les réseaux sociaux et à la presse sont belles malgré le contexte difficile. À l’image de ce sinistre, le pays n’arrive pas encore à sortir la tête de l’eau, malgré les promesses et les discours. Le président est au creux de la vague.

Célérité
Andry Rajoelina fête son premier anniversaire à Ambohitsorohitra. Une année marquée par le lancement de multiples réformes et des travaux, dont certains suscitent toujours la colère d’une partie de la société et des organisations de la société civile, comme le chantier quasiment à l’arrêt de Tanà-Masoandro. Dès la cérémonie d’investiture, le ton est donné. Exit la prestation de serment sur la Bible ou le culte, au grands dam des conservateurs. L’installation du Président sera républicaine. Finies aussi les ripailles succédant à la cérémonie populaire. Idem lors de la célébration du 26 Juin et la présentation des vœux du nouvel an. Andry Rajoelina veut remettre les choses à l’endroit. L’exemplarité doit être le mot d’ordre, à commencer par les agents de l’Administration publique. Christian Ntsay, qui occupait déjà le rôle du Premier ministre de consensus de Hery Rajaonarimampianina – puis reconduit dans ses fonctions – a battu préalablement la brèche. Les véhicules administratifs doivent arborer obligatoirement une plaque d’immatriculation rouge. La lutte contre l’utilisation abusive des biens publics a été l’un des défis que s’est lancé l’Exécutif. Néanmoins, il est difficile de resserrer les rangs autour des valeurs chères au chef de l’État, notamment la célérité dans les décisions et les actions. Le locataire d’Iavoloha veut aller ville, très vite. Il n’a pas pris son temps pour composer son gouvernement, contrairement au mandat précédent.

La lutte contre l’utilisation abusive des biens publics a été l’un des défis que s’est lancé l’Exécutif

Dilettantisme
Cependant, vitesse et précipitation ne font pas bon ménage. Andry Rajoelina paye son mauvais casting, qui a, assurément, assombri son bilan, notamment dans le volet social. Lors du petit-déjeuner de presse à Iavoloha, en janvier, l’homme fort du pays avait regretté qu’il « (agissait) seul la plupart du temps. Il faut que mes collaborateurs arrivent à suivre le rythme que je fixe ». Même s’il avait « (s’être) entouré d’experts nationaux », quelque temps avant l’officialisation de sa candidature, le numéro Un de l’État a bien vu les limites de certains de ses collaborateurs dans la conduite des affaires publiques. Ce dilettantisme est à l’origine de certains couacs qui resteront dans les annales, comme la fuite des sujets du baccalauréat, le joyeux désordre qui a régné lors du lancement de la campagne nationale de reboisement et bien d’autres. Cette impression de lenteur a été confirmée par la présidente de l’Assemblée nationale, Christine Razanamahasoa, dans l’entretien qu’elle nous a accordé (voir son interview p.20). Le locataire d’Ambohitsirohitra n’a pas hésité à rétropédaler en ayant lancé un grand appel national et international pour recruter de hauts employés de l’État. « L’objectif de cette campagne est de mettre en place une base de données solide et efficiente pour connaître tous les experts au niveau de chaque domaine d’activité », avait annoncé Lova Ranoromaro, la directrice de cabinet de la Présidence, qui a remplacé au pied levé Stéphanie Delmotte, à ce poste. 7 855 dossiers ont été reçus. Certains candidats ont été propulsés ministres lors du remaniement.

Le dilettantisme est à l’origine de certains couacs qui resteront dans les annales

Communication
Sur certains dossiers, le président de la République a fait bouger les lignes. Là où depuis des années les discours sont vains, il a pu agir. Par exemple, sur le différend territorial opposant Madagascar à la France (voir notre dossier consacré à la diplomatie, Politikà 14). La première session de la commission mixte Madagascar – France sur la question s’est déroulée sur le territoire malgache. Pour Andry Rajoelina, l’objectif est clair : une solution devrait être trouvée avant le 26 juin 2020 qui célèbrera le soixantième anniversaire de la proclamation de l’Indépendance. La tâche semble être ardue, tant les deux camps s’accrochent fermement à leur position. D’autant plus que le président français, Emmanuel Macron, ne semble pas vouloir lâcher du lest, malgré les propos tenus lors de la visite officielle de Andry Rajoelina en France, en mai. « Ici c’est la France », avait tonné le président français sur l’île Glorieuse, en octobre dernier, avant d’annoncer unilatéralement la création d’une réserve naturelle. La réponse du berger à la bergère ne s’est pas fait attendre. « Le respect de l’intégrité territoriale et la défense des intérêts passent par le dialogue », avait rétorqué le numéro Un de l’État malgache sur Twitter, alors qu’il se trouvait à Sotchi, pour le sommet Russie-Afrique.
D’ailleurs, c’est l’une des caractéristiques de cette administration : l’omniprésence sur le champ médiatique et sur le volet de la communication. Si bien que, dans le contenu que dans l’image, le président semble être en campagne, pour consolider sa légitimité. « Disons qu’il a son propre style de gouvernance », défend pudiquement Herilaza Imbiky, magistrat et secrétaire général du ministère des Mines et des Ressources stratégiques. « Vouloir communiquer à tout prix quand rien n’avance – comme c’est le cas actuellement – est dangereux. Les citoyens se réveilleront au lendemain du spectacle. J’espère vraiment que l’administration puisse avancer pour qu’elle ne subisse pas les revers de son inefficacité », prévient Rivo Rakotovao, président du Sénat.

Vouloir communiquer à tout prix quand rien n’avance – comme c’est le cas actuellement – est dangereux

Contrecoups
Du point de vue politique, le chef de l’État a les coudées franches pour conduire à sa guise le pays. Andry Rajoelina a en main tous les leviers institutionnels possibles et inimaginables : l’exécutif, le législatif et le judicaire. Les grandes villes, dont Antananarivo, sont entre les mains des candidats investis par le parti présidentiel. La situation rappelle furieusement l’époque dorée de Marc Ravalomanana. D’ailleurs, l’opposition peine à faire entendre sa voix même si elle a décidé de regrouper sa force au sein d’une plateforme baptisée Rodoben’ny mpanohitra ho an’ny demokrasia eto Madagasikara (RMDM). L’opposition est réduite à une portion congrue. « L’objectif de cette plateforme d’opposition n’est pas d’orchestrer un coup d’État, avait clarifié Marc Ravalomanana, son leader lors d’une conférence. Elle permet de sensibiliser la population sur la véritable mission d’une opposition dans une structure démocratique ». Cet objectif sera difficilement atteignable, au vu de la mainmise de l’Administration et de ses « sympathisants » sur les médias. La plupart des organes de presse sont acquis à leur cause de ou s’alignent de manière stratégique pour ne pas subir les contrecoups d’une opposition au pouvoir.

L’opposition est réduite à une portion congrue

Amendes
La liberté de la presse a sensiblement reculé aussi avec les menaces que font peser les dispositions du Code de la communication qui a été pourtant amendé, par le biais de l’augmentation du plafond des amendes ou des articles de restrictions sur le droit à l’image. Cette année sera décisive pour le chef de l’État. Après avoir changé de stratégie et innover en faisant appel à de nouvelles têtes, Andry Rajoelina est condamné à réussir. Les multitudes de promesses d’un lendemain qui chante sont toujours en tête, aussi bien de ses électeurs, que de ses détracteurs.

Raoto Andriamanambe