Interview de Herilaza Imbiky

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Interview de Herilaza Imbiky

Quel regard portez-vous sur la première année de Andry Rajoelina au pouvoir ?
Herilaza Imbiky : Même si les impacts directs auprès de la population ne sont pas encore vraiment ressentis, de grandes réalisations, par rapport aux objectifs que le chef de l’État a fixés lors de son arrivée au pouvoir, sont notées. Nous avons également constaté une forte volonté politique de changer la situation rapidement et durablement, ce qui est le plus important. La première année a permis au président de la République d’avoir une meilleure approche et une meilleure compréhension de l’exercice du pouvoir et de la chose publique. Elle a instillé aussi les graines d’un réel changement de comportement, aussi bien auprès des hauts dirigeants étatiques qu’auprès de la population.

Velirano 1 : La paix et la sécurité, une priorité : protéger nos frontières et nos ressources naturelles, lutter contre l’insécurité quotidienne, renforcer la défense de notre territoire.
H.I. : Nous avons constaté les efforts qui ont été menés par rapport à la dotation d’équipements des forces de l’ordre. Des aéronefs ont été achetés. Les forces de sécurité ont été dotées de véhicules blindés, de tout-terrain, de motos, d’équipements militaires ou semi-militaires. L’immensité du territoire national rend difficile la gestion de la sécurité. Ainsi, il est vital d’équiper nos forces de l’ordre pour affronter l’insécurité urbaine et rurale. Nous avons également constaté une restructuration des forces de sécurité pour limiter les éventuelles dérives. Le ministère de la Défense nationale, celui en charge de la Sécurité intérieure et le secrétariat d’État à la Gendarmerie, ont pour consigne de consolider la discipline militaire. L’insécurité dans les zones urbaines et dans les zones rurales a fortement baissé, à l’instar des kidnappings ou des attaques à main armée. Néanmoins, beaucoup d’actions restent encore à faire et la lutte est acharnée. Ce qui nécessite l’implication de la population locale pour prêter main-forte aux forces de sécurité. Les citoyens peuvent, par exemple, donner les renseignements utiles.

Velirano 2 : L’énergie et l’eau pour tous : offrir une électricité moins chère, électrifier et raccorder tout Madagascar, apporter de l’eau potable à tous.
H.I. : Effectivement, c’est un problème récurrent car la Jirama, qui est la compagnie en charge de la distribution de l’eau et de l’électricité à Madagascar, est une société d’État. Malheureusement, nous constatons que l’Administration, à travers la Jirama, n’arrive pas jusqu’ici à réaliser ce Velirano 2, il faut l’avouer. Des efforts ont été faits, comme l’électrification à travers la réalisation de grands projets en termes d’énergies renouvelables, solaires et hydroélectriques. Le taux d’électrification reste encore faible et le prix de l’électricité est toujours élevé. La population citadine est largement insatisfaite des efforts. Je pense que, pour cette deuxième année, il faut s’impliquer davantage dans ce sens.

Velirano 3 : La lutte contre la corruption et une justice équitable : zéro tolérance pour la corruption, rapprocher les services publics des citoyens, faire de chaque élu, de chaque fonctionnaire, un modèle, réformer et renforcer l’Administration judiciaire.
H.I. : L’une des premières décisions prises par le président de la République à travers le conseil des ministres était la mise en place de la stratégie de la “tolérance zéro”. Bien évidemment, l’Indice de perception de la corruption (IPC) a baissé pour Madagascar, selon le rapport de Transparency international. Il faut partir du fait que 2018 et 2019 étaient des années électorales. L’IPC a été basé sur l’incidence de la corruption sur la vie politique et un peu moins sur la vie publique. Soulignons les actions concrètes effectuées comme le recrutement du nouveau directeur général du Bureau indépendant anti-corruption (Bianco). Tous les ministères essayent de mettre en place une cellule pour la lutte contre la corruption. Ce qui témoigne de la détermination du gouvernement et d’une réelle volonté d’assainir tous les départements. Nous constatons également les mesures prises du côté de la Haute cour de justice (HCJ) et du Pôle anti-corruption (Pac), à travers la traduction devant la justice de hauts responsables du pays. Actuellement, le Pac a été institutionnalisé à Mahajanga. Les actions contre la corruption devront désormais être continuelles.

Nous constatons également les mesures prises du côté de la Haute cour de justice (HCJ) et du Pôle anti-corruption (Pac), à travers la traduction devant la justice de hauts responsables du pays. Actuellement, le Pac a été institutionnalisé à Mahajanga.

Velirano 4 : L’éducation et la culture pour tous : garantir un système éducatif pour tous, promouvoir l’excellence, valoriser l’enseignement technique et professionnel en particulier dans les provinces, instaurer l’éducation civique et la citoyenneté.
H.I. : La fusion du ministère de l’Éducation nationale et de l’Enseignement technique et professionnel a pu permettre de coordonner l’ensemble de la politique à l’endroit du secteur éducatif. Une très forte dotation en ressources matérielles et en budget a été constatée. La confection de nouveaux manuels scolaires, la réforme du curricula et du programme scolaire marquent déjà des avancées nettes de ce Velirano. Toutefois, il est prioritaire de professionnaliser le métier d’enseignant, ce qui est aussi valable au niveau au niveau de l’Enseignement supérieur. Pour ce dernier, des progrès restent à faire. Je pense qu’il faut essayer de restructurer l’enseignement supérieur par rapport aux priorités sectorielles du gouvernement.

Velirano 5 : La santé pour tous et à tout âge : assurer l’accès aux soins à tous, améliorer la santé mère-enfant, prévenir les maladies, réformer le système de retraite.
H.I. : Je pense que le système de santé malgache est en train d’être réformé. La création de centres de santé de base, de niveaux 1 et 2, dans les 119 districts de Madagascar est prévue dans le budget du ministère de la Santé publique. Sont au programme l’amélioration et la modernisation des centres hospitaliers universitaires dans chaque ex-chef-lieu de province et également pour les régions. Ils seront dotés d’équipements adéquats. De nouveaux centres hospitaliers spécialisés seront créés. Les établissements spécialisés dans l’oncologie verront le jour. Une décision prise en conseil des ministres va permettre de construire un hôpital spécialisé qui permettra de pratiquer des greffes d’organes. C’est une grande première à Madagascar. Ce qui démontre une attention particulière pour la santé. Néanmoins, il est impératif d’améliorer la couverture santé pour l’ensemble du peuple malgache.

Velirano 6 : L’emploi décent pour tous : augmenter le nombre d’emplois, former et aider à trouver un emploi, renforcer les compétences nationales, créer une agence pour l’emploi.
H.I. : Le président de la République a fixé le salaire minimum à 200 000 ariary. Certes, cela n’est pas encore suffisant, mais c’est déjà un pas en faveur des familles malgaches. Comme tous les pays qui veulent franchir le palier de l’émergence et qui veulent accéder à un développement très rapide, les emplois sont à générer. De manière globale, il faut analyser les potentialités de chaque district pour voir quels seront les emplois à créer.
La création d’entreprises est très importante. Ce qui nécessite davantage d’actions de promotion à travers la mise en place de système de crédit ou de système bancaire plus favorable aux entrepreneurs malgaches. La mise en place de l’agence pour l’emploi est en cours. Pour que les effets de cette politique soient palpables, un minimum de temps est requis, car c’est un système transversal. Nous allons générer des emplois, créer des richesses et des ressources en se focalisant surtout sur l’industrialisation de Madagascar. Les formations adéquates sont indispensables, dans ce sens.

La création d’entreprises est très importante. Ce qui nécessite davantage d’actions de promotion à travers la mise en place de système de crédit ou de système bancaire plus favorable aux entrepreneurs malgaches

Velirano 7 : L’industrialisation de Madagascar : soutenir l’entrepreneuriat malgache, favoriser l’investissement dans le secteur industriel, promouvoir le « Made in Madagascar »
H.I. : La diplomatie économique est favorisée dans cette approche. Nous passons à la vitesse supérieure à travers la promotion des Investissements directs étrangers (IDE) et l’industrialisation à grande échelle, par exemple, à travers la mise en place de la Zone d’émergence industrielle (ZEI), à Moramanga, ou l’exploitation du Bas-Mangoky. Des avancées nettes sont constatées en termes de facilitation des échanges commerciaux. Quant à la priorisation du “Made in Madagascar”, l’État est en train d’instaurer un système concurrentiel favorable aux industries malgaches. L’Administration a pris un engagement de protéger les industriels locaux à travers des barrières tarifaires ou non tarifaires. Il faut aussi de la volonté réelle de la part des industriels malgaches pour augmenter leurs compétitivités.

Velirano 8 : Nos femmes et nos jeunes pour l’avenir : tendre vers l’égalité hommes/femmes dans la société et les institutions, préparer nos jeunes à l’émergence du pays.
H.I. : Nous pouvons parler ici de la mise en place de différents projets comme Fihariana qui aide les jeunes dans tous les districts de la Grande île afin qu’ils puissent développer leurs projets qui vont générer des emplois et des revenus. L’adoption de la loi sur la lutte contre la violence basée sur le genre est également notable. Toutefois, au sein du gouvernement et des institutions publiques, il faut faire preuve davantage de volonté politique, en termes de respect de la parité. L’inégalité continue encore à régner aux niveaux de l’éducation et de l’emploi, mais des réformes sont menées actuellement dans les différents départements. L’institutionnalisation d’un arsenal juridique et financier serait encore indispensable pour concrétiser cette démarche.

Velirano 9 : L’autosuffisance alimentaire : augmenter la production de riz, développer l’élevage et la production halieutique, soutenir les agriculteurs et innover dans de nouvelles productions agricoles, améliorer les capacités de production régionales.
H.I. : Ces départements ont été regroupés dans un seul ministère. Dans presque toutes les régions de Madagascar, des plans d’actions ont été développés, que cela soit pour l’agriculture, l’aquaculture, l’élevage ou la pêche. Le développement des activités artisanales a pu être facilité par le déblocage de financements. Dans ce sens, les investisseurs locaux ont été particulièrement favorisés. L’État se tourne de plus en plus vers les paysans malgaches et beaucoup de projets ont été réalisés. À Ambatolampy-Tsimahafotsy, par exemple, plusieurs dizaines de milliards d’ariary ont été consacrés à financer l’aquaculture. Dans cette optique, la professionnalisation s’avère également nécessaire et les résultats tangibles sont attendus.

Velirano 10 : La gestion durable de nos ressources naturelles : encourager un tourisme durable, valoriser nos richesses minières, protéger notre faune, notre flore et notre sol, reboiser nos terres, lutter contre la destruction de notre environnement.
H.I. : Madagascar est un pays à forte potentialité, doté d’une endémicité inégalable en matière de ressources naturelles. Il est du ressort de l’État de le gérer sainement et d’une manière efficiente.
L’instauration de la bonne gouvernance, au niveau de la gestion des ressources naturelles renouvelables et non renouvelables, commence à être aperçue. En effet, l’octroi des licences et des permis d’exploitation a été gelé. Il est important d’assainir le secteur. La gestion équitable des retombées financières des exploitations est en cours de révision pour avoir plus d’impacts socioéconomiques directs des exploitations au niveau des collectivités territoriales impactées.

Velirano 11 : La modernisation de Madagascar : créer des villes « nouvelles » pour soulager les grandes villes, rénover nos routes, nos ponts et nos voies ferrées. Construire des logements sociaux et faciliter le crédit au logement. Organiser et sécuriser le transport pour améliorer la circulation des biens et des personnes. Assainir l’espace public et gérer nos déchets. Mettre en place la ville numérique.
H.I. : Les projets sont nombreux : Tanà-Masoandro, de la création de villes nouvelles, de l’aménagement du bord de la mer de Toamasina, à l’image de Miami… Malheureusement, l’immixtion de la politique politicienne a semé les troubles. Ce n’est pas une bonne chose pour le développement du pays. Mais Tanà-Masoandro sera concrétisé. De nouveaux logements seront créés à Ivato, avec la construction de 38 bâtiments et d’autres projets commencent aussi à prendre vie. Le chef de l’État tient à cœur la création de logements sociaux. Récemment, l’appel d’offres a été lancé pour les entrepreneurs qui seraient intéressés par le projet Miami à Toamasina.
Sur le volet de l’assainissement, l’Administration commence à accompagner les collectivités territoriales décentralisées. Toutefois, davantage de mesures sont attendues pour ce qui est de l’hygiène, de la salubrité publique et de la gestion des déchets. Désormais, il faut désormais un moyen pour recycler les déchets durablement.

Mais Tanà-Masoandro sera concrétisé

Velirano 12 : L’autonomisation et la responsabilisation de nos territoires : créer des pôles de développement spécialisés, impliquer les territoires dans leur développement, favoriser la coopération entre les régions, les districts et les communes.
H.I. : Les schémas directeurs ont été définis. La responsabilisation des collectivités, à travers la création de pôles de croissance, est un pas en faveur de l’octroi de leur autonomie administrative et financière. Pour les exercices budgétaires 2019 et 2020, le budget alloué aux régions et communes de Madagascar a nettement augmenté. L’effectivité de la décentralisation, jusqu’à l’autonomisation des fokontany, est indispensable pour développer le pays dans son ensemble.

Velirano 13 : Le sport, une fierté nationale : construire de nouvelles infrastructures sportives en particulier dans les provinces, intégrer nos jeunes par le sport, améliorer la santé par le sport, créer des centres et académies sportifs nationaux, octroyer des bourses sportives.
H.I. : À travers nos réussites sur le plan international, que cela soit en football ou dans d’autres disciplines, nous voyons que le sport a été vraiment pris en compte par le pouvoir en place. De nombreuses infrastructures vont être érigées. Un des projets emblématiques sera la transformation radicale de l’ancien stade municipal de Mahamasina en une enceinte moderne. Beaucoup de projets sont en train d’être réalisés pour le développement du sport actuellement. Un budget important a été octroyé au ministère de la Jeunesse et des Sports pour répondre à ces enjeux et à ces défis. Pour terminer, n’oublions pas de parler de la redynamisation de chaque fédération.

Recueillis par Karina Zarazafy