Tanà-Masoandro : un caillou dans la chaussure présidentielle

Le méga-projet aurait dû couronner la vision « émergentiste », comme l’a souligné Holijaona Raboana, l’un des porteurs du projet Émergence Madagascar. Néanmoins, c’est devenu un caillou dans la chaussure présidentielle. Dévoilés à coup d’images de synthèse et de maquette, les plans de la nouvelle ville font rêver. Cependant, depuis un an, le projet se heurte au refus de certains habitants d’Ambohitrimanjaka, le lieu d’implantation du projet. Pour la Plateforme nationale des organisations de la société civile de Madagascar (PFNOSCM), « priorités doivent être données à l’extension des villes malgaches par l’aménagement des terrains à proximité immédiate des portails de chaque grande ville pour pouvoir ériger des constructions de logement économique, à loyer modéré avec les équipements de base comme les marchés, les infrastructures sanitaires et éducation de base pour accueillir les nouveaux migrants ».
Cependant, les propriétaires des rizières qui occupent la zone impactée se sont mobilisés et entendent faire valoir leurs droits, invoquant leur présence sur place de longue date, leur activité agricole menacée, et les tombeaux de leurs ancêtres. « Tanà-Masoandro illustre donc une autre forme d’accaparement des terres, déjà observée à Kilamba (Angola) ou à Ouaga 2000 (Burkina Faso). Les opérations de “déguerpissement” butent alors sur un droit foncier coutumier (urbain et rural) qui ne relève pas tout à fait du droit dit “moderne”, dans lequel la question de la propriété privée individuelle de la terre ne se poserait pas, et où l’État disposerait d’un droit de préemption clair assorti d’indemnisations généralement convaincantes », écrit à ce sujet Christian Bouquet, chercheur au laboratoire universitaire Les Afriques dans le Monde (Sciences-Po Bordeaux).
Malgré les pourparlers et les discussions, la situation demeure explosive. L’ouverture d’un guichet unique, censé faciliter les démarches, n’a pas réussi à impulser une nouvelle dynamique. La nomination d’Angelo Zasy, un jeune ministre à un nouveau département, consacré aux nouvelles villes, valide un changement de stratégie qui n’est pas sûr de porter ses fruits. Durant une rencontre avec la presse, le chef de l’État a promis d’aller à la rencontre des habitants concernés. Ces derniers ont déjà esquissé qu’ils camperont sur leur position, intervention présidentielle ou pas.

Raoto Andriamanambe